BertranDeBorn[1]

 

Royaumes sont, mais plus de rois... 

Et comtés, sans barons ni comtes

Les marches sont, mais sans marquis

Puissants châteaux, belles demeures

Mais plus n’y sont les châtelains,

Et jamais il n’y eut autant

De provisions, mais peu on mange

Par la faute d’un mauvais riche.

 

Belles personnes, beaux équipages

Peut-on voir et peut-on trouver,

Mais où sont Ogier le Danois,

Bérard, Beauduin sont nulle part.

On en voit de poils bien lustrés

Les dents polies, la barbe aux joues

Mais quels sont ceux sachant aimer,

Tenir la cour, galants, prodigues ?

 

Petites gens ! Où sont ceux-là

Qui savent châteaux assiéger

Qui des semaines et des mois

Savent maintenir une cour

Et qui donnent de riches dons

Et qui font bien d’autres largesses

Aux soldats, aussi aux jongleurs

Je n’en vois pas un seul qui compte.

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Traduction de Pierre Seghers

In, « Le livre d’or de la poésie française, des origines à 1940 »

Editions Marabout

Du même auteur :

« Me plaît le joyeux temps de Pâques... » / « Be·m platz lo gais temps de pascor... » (16/11/2020)

« Si tous les deuils et les pleurs... / « Si tuit li doil e·il plor... » (16/11/2021)