Dino_Campana[1]

 

Le soir de foire

 

Le cœur ce soir me dit : tu ne sais pas ?

La rose-brune enchanteresse

Dorée d’une chevelure blonde :

Aux yeux brillants et bruns celle qui de grâce impériale

Enchantait la rosée

Fraîcheur des matins :

Et toi tu poursuivais dans l’air

La fraîche incarnation d’un rêve matinal :

Et elle se plaisait à vaguer quand le rêve

Et le parfum voilaient les étoiles

(Que tu aimais à regarder derrière les portails

Les étoiles les pâles nocturnes) :

Qui se plaisait à passe silencieuse

Et blanche comme un vol de colombes

Bien sûr est morte : tu ne sais pas ?

C’était la nuit

De foire de la perfide Babel

Saillant en faisceaux vers un ciel en fascines un paradis de flamme

En lubriques sifflets grotesques

Et tintinnabuler d’angéliques clochettes

Et cris et voix de prostituées

Et pantomimes d’Ophélie

Perlées par l’humble pleur des lampes électriques.

.................................................................................

Une chansonnette un peu vulgaire était morte

Elle m’avait laissé le cœur dans la douleur

Et moi je m’en allais en errant sans amour

En laissant accroché mon cœur de porte en porte :

Avec Elle qui n’est pas née est pourtant morte

Et m’a laissé le cœur abandonné d’amour :

Et cependant le cœur porte dans la douleur :

En laissant accroché mon cœur de porte en porte.

 

 

Traduit de l’italien par Irène Gayraud et Christophe Mileschi

In, Dino Campana : « Chants orphiques et autres poèmes »,

édition bilingue.

Editions Points, 2016

Du même auteur :

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La Chimère / La Chimera (20/08/2018) 

Poésie facile / Poesia facile (20/08/2019)

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Il sera di fiesta

l cuore stasera mi disse: non sai ?

La rosabruna incantevole

Dorata da una chioma bionda:

E dagli occhi lucenti e bruni colei che di grazia imperiale

Incantava la rosea

Freschezza dei mattini :

E tu seguivi nell’aria

La fresca incarnazione di un mattutino sogno :

E soleva vagare quando il sogno

E il profumo velavano le stelle

(Che tu amavi guardar dietro i cancelli

Le stelle le pallide notturne) :

Che soleva passare silenziosa

E bianca come un volo di colombe

Certo è morta: non sai ?

Era la notte

Di fiera della perfida Babele

Salente in fasci verso un cielo affastellato un paradiso di fiamma

In lubrici fischi grotteschi

E tintinnare d’angeliche campanelle

E gridi e voci di prostitute

E pantomime d’Ofelia

Stillate dall’umile pianto delle lampade elettriche

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Una canzonetta volgaruccia era morta

E mi aveva lasciato il cuore nel dolore

E me ne andavo errando senz’amore

Lasciando il cuore mio di porta in porta :

Con Lei che non è nata eppure è morta

E mi ha lasciato il cuore senz’amore :

Eppure il cuore porta nel dolore :

Lasciando il cuore mio di porta in porta.

Poème précédent en italien :

Antonella Anedda : « Ce sera exactement... » / « Davvero come adesso... » (17/08/2022)

Poème suivant en italien :

Compiuta Donzella : « En la saison où tout est en fleur... » / « A la stagion che ‘l mondo foglia ... » (23/08/2022)