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Elégie nocturne

 

Peut-être mon seul souvenir : ta joie

dans la maison là-bas où le soir

apporte l’odeur de la terre et la calme

lumière nocturne, c’est ta vraie voix

 

celle où jeune tu parles sur le visage

riant des enfants. Sont passées

dans ton regard des nuits limpides

au bruissement dru des étoiles, les façades

 

voilent des maisons blanches, une fontaine

vibre d’une eau seule à s’écouter

et la ville se déploie au seuil

lointain de la mer. C’est l’âme qui vole.

 

Sans le savoir, tu nous vouais au chant

de l’homme sans retour, qui toujours

disparaît dans le vide d’une place, la mort

à nous en étonner parut sortilège, à de rares


voix bruissantes le sommeil fut adieu.

 

Traduit de l’italien par Bernard Simeone

In, Alfonso Gatto : « Pauvreté comme le soir »,

Editions La Différence (Orphée), 1989

 

Elégie nocturne

 

 

Peut-être me rappelè-je seulement que tu étais heureux

dans la maison là-bas où le soir

amène l’odeur de la terre et la tranquille

lumière nocturne ; j’entends ta voix réelle,

 

ta voix de jeunesse exprimée sur le visage

riant des enfants. De limpides nuits

sont passées dans ton regard au dense

scintillement des étoiles, les façades

 

voilent des maisons blanches, une fontaine

vibre de l’eau qui s’écoute toute seule

et la ville se déploie jusqu’au seuil lointain

de la mer. Notre âme s’envole-t-elle ?

 

Tu ne savait pas nous vouer au chant

de l’homme qui ne revient pas, qui disparaît

toujours  dans le vide de la place, enchantée

nous parut la mort nous surprenant ; au rares

 

voix s’amenuisant, le sommeil fut l’adieu.

 

Traduit de l’italien par Geneviève Burckhardt

in, « Italie poétique contemporaine »

Editions du dauphin, 1968

Du même auteur :

A mon père / A mio padre (27/08/2017)

Mots / Parole (27/08/2018)

« Les soirs reviendront... / « Torneranno le sere ... » (27/08/2019)

Et tu m’écouteras / E tu m'ascolterai  (27/08/2020) 

Pour les martyrs de la Place Loreto / Per i martiri di Piazzale Loreto (27/08/2021)

 

Elegia notturna

 

 

Forte solo ricordo ch’eri lieto

nella casa laggiù dove la sera

reca l’odore della terra e il quieto

lume notturno, è la tua voce vera

 

questa in cui parli giovane sul volto

ridente dei fanciulli. Son passate

limpide notti nel tuo sguardo al folto

stormire delle stelle, le facciate

 

velano case bianche, una fontana

vibra dell’acqua che s’ascolta sola

e la città si spiega alla lontana

soglia del mare. E’ l’anima che vola ?

 

Tu non sapevi di votarci al canto

dell’uomo che non torna, che scompare

sempre nel vano della piazza, incanto

sembro’ la :morte da stupirci, a rare

voci stormenti il sonno fu l’addio.

 

Poesie

Vallecchi editore, Firenze, 1941

Poème précédent en italien :

Giuseppe Ungaretti : Calme / Sereno (13/05/2022)

Poème suivant en italien :

Eugenio Montale : Midi / « Gloria del disteso mezzogiorno... » (14/08/2022)