Jacques%20Dupin[1]Jacques Dupin,  années 1980. Collection : Dublin City Gallery The Hugh Lane © The Estate of Francis Bacon

 

Enoncé (1)

 

Comme s’il fallait se noyer

pour entendre

 

là, dort l’écrit retenu

bridé

            le crissement

de la nervure de la langue

 

 

un desserrement

de la langue cruciforme

 

que sa jubilation troue

que son désarroi relance

 

 

l’orage aveugle la table

le corps se volatilise

 

Le sang se blanchit comme l’argent sale

avec de la couleur

                              un excès de vernis

sur l’archet de la contrebasse

 

 

desserré de l’être ici

piquer une seule fois le mot juste

le jambage fulgurant

 

console de maints déboires

et redresse à l’infini

toue une vie achoppante

 

l’impotence des lignes

le mur et la béquille, accointés

 

le morfil l’excavation

d’un mot monté à cru

par une langue altérée

 

 

l’obscur du poème

pendu à la poutre

comme une tressée de piments

 

le mort dessiné de profil

avec les entailles

l’atroce caresse à rebours

 

grondements de contrebasse

pavent de mots hirsutes

l’extrême fond du charnier

 

Revue « Poésie1 /Vagabondages, N° 16, décembre 1998 »

le cherche midi éditeur, 1998

Du même auteur :

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