r_s_thomas[1]Dan Peterson, illustrator

 

Mort d’un paysan

 

Vous vous rappelez Davies ? Il est mort, vous savez,

Le visage tourné contre le mur, comme le fait

En pays des collines un paysan pauvre

Dans sa petite maison de pierre. Je me souviens de sa chambre

Sous l’ardoise et de la neige sale

Du grand lit dans lequel il reposait.

Aussi seul qu’une brebis peinant pour mettre bas

Dans le froid vif de la mi-mars.

Je me rappelle aussi le vent prisonnier

Qui arrachait les rideaux, l’incessante folie

De la lumière sauvage sur le parquet,

Un parquet nu sans tapis

Et sans natte pour absorber le bruit

Des voisins franchissant les planches précaires

Pour regarder Davies et lui lancer d’un air bourru

De futiles mots de réconfort, avant de se détourner

Impitoyablement de l’odeur écoeurante

De la mort qui se mêlait à l’odeur des murs humides.

 

 

Traduit de l’anglais par Paol Keineg

In, R.S. Thomas : « Qui ? »

Editions Les Hauts-Fonds, 29200 Brest

Du même auteur :

Dans les collines galloises / The welsh hill country (18/06/2020)

 

Death of a Peasant

 

You remember Davies ? He died, you know,

With his face to the wall, as the manner is

Of the poor peasant in his stone croft

On the Welsh hills. I recall the room

Under the slates, and the smirched snow

Of the wide bed in which he lay,

Lonely as an ewe that is sick to lamb

In the hard weather of mid-March.

I remember also the trapped wind

Tearing the curtains, and the wild light’s

Frequent hysteria upon the floor,

The bare floor without a rug

Or mat to soften the loud tread

Of neighbours crossing the uneasy boards

To peer at Davies with gruff words

Of meaningless comfort, before they turned

Heartless away from the sale smell

Of death in league with those dank walls.

Poème précédent en anglais :

David – Herbert Lawrence : Crépuscule / Twilight 10/05/2022)

Poème suivant en anglais :

Derek Mahon :Les dieux bannis / The banished gods (22/06/2022)