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Biens égaux

 

     Je suis épris de ce morceau tendre de campagne, de son accoudoir de

solitude au bord duquel les orages viennent se dénouer avec docilité, au mât

duquel un visage perdu, par instant s'éclaire et me regagne. De si loin que je 

me souvienne, je me distingue penché sur les végétaux du jardin désordonné

de mon père, attentif aux sèves, baisant des yeux formes et couleurs que le vent

semi-nocturne irriguait mieux que la main infirme des hommes. Prestige d'un

retour qu'aucune fortune n'offusque. Tribunaux de midi, je veille. Moi qui jouis

du privilège de sentir tout ensemble accablement et confiance, défection et

courage, je n'ai retenu personne sinon l'angle fusant d'une Rencontre.

     Sur une route de lavande et de vin, nous avons marché côte à côte dans un

cadre enfantin de poussière à gosier de ronces, l'un se sachant aimé de l'autre.

Ce n'est pas un homme à tête de fable que plus tard tu baisais derrière les

brumes de ton lit constant. Te voici nue et entre toutes la meilleure seulement

aujourd'hui où tu franchis la sortie d'un hymne raboteux. L'espace pour

toujours est-il cet absolu et scintillant congé, chétive volte-face ? Mais,

prédisant cela j'affirme que tu vis ; le sillon s'éclaire entre ton bien et mon mal.

La chaleur reviendra avec le silence comme je te soulèverai, Inanimée.

 

Fureur et mystère

Editions Gallimard, 1948

Du même auteur :

Congé au vent (02/05/2014)

« J’ai ce matin, suivi des yeux Florence … » (02/05/2015)

« La contre-terreur c’est ce vallon… » (02/05/2016)

Se rencontrer. Paysage avec Joseph Sima (02/05/2017)

Fièvre de la Petite-Pierre d’Alsace (02/05/2018)

Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud (01/05/2019)

« Le peuple des prés m’enchante... » (02/05/2020)

« Brusquement tu te souviens... » (02/02/2021)