cesare-pavese[1]

 

Dépaysement

 

Trop de mer. Nous l’avons assez vue cette mer.

Le soir, quand l’eau s’étend délavée et se perd

dans le néant, mon ami la regarde fixement,

je fixe mon ami et personne ne parle. La nuit,

on finit par aller s’enfermer dans le fond d’un bistrot,

perdus dans la fumée, et on boit. Mon ami a ses rêves

(les rêves qu’accompagnent les vagues qui déferlent sont un peu monotones)

où l’eau n’est qu’un miroir, entre une île et une autre,

de collines que diaprent cascades et fleurs sauvages.

C’est comme ça quand il boit. En regardant son verre, il se voit

élevant des collines de verdure sur la plaine marine.

J’aime bien les collines ; je le laisse parler de la mer

car c’est une eau bien claire où l’on voit même les pierres.

 

Je vois seulement des collines et pour moi, proches ou lointaines,

elles remplissent ciel et terre de leurs flancs fermement dessinés.

Mais les miennes sont âpres et striées de vignobles

qui poussent avec peine sur un sol calciné. Mon ami les accepte

mais il veut les vêtir de fleurs et fruits sauvages

pour y découvrir, en riant, des filles plus nues que le fruits.

Ce n’est pas nécessaire : un sourire ne manque pas à mes rêves les plus âpres.

Si demain, de bonne heure, nous nous mettons en marche,

pour rejoindre ces collines, peut-être pourrons-nous rencontrer dans les vignes

une fille au teint sombre, hâlée par le soleil,

et l’ayant abordée, manger de son raisin.

 

 

Traduit de l’italien par Gilles de Van

In, Cesare Pavese : « Travailler fatigue. La mort viendra

et elle aura tes yeux ».

Editions Gallimard, 1969

Du même auteur :

Paysage (18/04/2016)

La terre et la mort (18/04/2017)

 La mort viendra et elle aura tes yeux / Verrà la morte e avrà i tuoi occhi (18/04/2018)

Paysage VIII / Paesaggio VIII (18/04/2019)

Femmes passionnées / Donne appassionate (18/04/2020)

Eté – Eté 1 / Estate – Estate I (18/04/2021)

L’Etoile du matin / Lo steddazzu (05/10/2021)

 

Gente Spaesata

 

Troppo mare. Ne abbiamo veduto abbastanza di mare.

Alla sera, che l’acqua si stende slavata

e sfumata nel nulla, l’amico la fissa

e io fisso l’amico e non parla nessuno.

Nottetempo finiamo a rinchiuderci in fondo a una tampa,

isolati nel fumo, e beviamo. L’amico ha i suoi sogni

(sono un po’ monotoni i sogni allo scroscio del mare)

dove l’acqua non è che lo specchio, tra un’isola e l’altra,

di colline, screziate di fiori selvaggi e cascate.

Il suo vino è così. Si contempla, guardando il bicchiere,

a innalzare colline di verde sul piano del mare.

Le colline mi vanno ; e lo lascio parlare del mare

perché è un’acqua ben chiara, che mostra persino le pietre

 

 

Vedo solo colline e mi riempiono il cielo e la terra

con le linee scure dei fianchi, lontane o vicine.

Solamente, le mie sono scabre, e striate di vigne

faticose sul suolo bruciato. L’amico le accetta

e le vuole vestire di fiori e di frutti selvaggi

per scoprirvi ridendo ragazze più nude dei frutti.

Non occorre: ai miei sogni più scabri non manca un sorriso.

Se domani sul presto saremo in cammino

verso quelle colline, potremo incontrar per le vigne

qualche scura ragazza, annerita di sole,

e attaccando discorso, mangiarle un po’ d’uva

Poème précédent en italien :

Salvatore Quasimodo: Temple de Zeus à Agrigente / Tempio di Zeus Ad Agrigento 15/04/2022)

Poème suivant en italien :

Giuseppe Ungaretti : Calme / Sereno (13/05/2022)