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Temple de Zeus à Agrigente

 

La jeune fille assise dans l’herbe relève

les cheveux rêches de sa nuque et rit

de sa course et du peigne égaré.

Elle ne dit pas sa couleur, s’il fut arraché

par la main de feu qui salue

au loin derrière un amandier, où s’il finit

sur la mosaïque du cerf grec au bord

du fleuve, ou dans un fossé d’épines violettes.

Et elle rit, la folie des sens, elle ne cesse de rire

sur sa peau de canicule

à midi de l’île,

et l’abeille luisante siffle et décoche

ses venins, ses pièges pour des  étreintes innocentes.

 

En silence nous regardons ce signe

d’ironique mensonge : et pour nous brûle

à la renverse la lune en plein jour, qui tombe

dans le feu vertical. Quel avenir

peut nous lire le puits

dorique, quelle mémoire ? Le seau remonte

lentement du fond et ramène de l’herbe, des visages

à peine connus.

Tu tournes, vieille roue du dégoût,

roi mélancolie qui prépares le jour ;

en tout temps consciencieuse, qui réduis en ruines

images angéliques et miracles,

qui jettes la mer dans la lumière étroite

d’un œil !Le télamon est ici, à deux pas

de l’Hadès (murmure étouffant, immobile),

couché dans le jardin de Zeus, il désagrège

sa pierre avec la patience d’une larve

de l’air : il est ici, jointure sur jointure,

parmi les arbres éternels, d’une seule semence.

 

Traduit de l'italien par Roland Ladrière

in, Salvatore Quasimodo : "Oeuvres poétiques"

Editions de Corlevour, 92110 Clichy,2021

Du même auteur :

Et c’est bientôt le soir / Ed è subito sera (01/11/2014)

J'entends encore la mer / S’ode ancora il mare (15/04/2018)

Devant le gisant d’Ilaria del Carretto / Davanti al simulacro d’Ilaria Del Carretto (15/04/2019)

Anno Domini MCMXLVII (15/04/2020)

Vent à Tyndaris / Vento a Tindari (15/04/2021)

La pie noire rit sur les orangers / Ride la gazza, nera sugli aranci. (06/10/2022)

 

Tempio di Zeus Ad Agrigento

 

La ragazza seduta sull’erba alza

dalla nuca i capelli ruvidi e ride

della corsa e del pettine smarrito.

Il colore non dice o se strappato

dalla mano rovente che lontana

saluta dietro un mandorlo o finito

sul mosaico del cervo greco in riva

al fiume o in un fosso di spine viola.

E ride la follia dei sensi, ride

continua alla sua pelle di canicola

meridiana dell’isola

e l’ape lucida zufola e saetta

veleni e vischi d’abbracci infantili.

 

In silenzio guardiamo questo segno

d’ironica menzogna: e per noi brucia

rovesciata la luna diurna e cade

al fuoco verticale. Che futuro

ci può leggere il pozzo

dorico, che memoria? Il secchio lento

risale dal fondo e porta erbe e volti

appena conosciuti.

Tu giri antica ruota di ribrezzo,

tu malinconia che prepari il giomo

attenta in ogni tempo, che rovina

fai d’angeliche immagini e miracoli,

che mare getti nella luce stretta

d’un occhio! Il telamone qui, a due passi

dall’Ade (mormorio afoso, immobile),

disteso nel giardino di Zeus e sgretola

la sua pietra con pazienza di verme

dell’aria: qui, giuntura su giuntura,

fra alberi eterni per un solo seme.

(Dalla Sicilia)

 

 

Il falso e vero verde

Mondadori, Milano (Italia), 1956

Poème précédent en italien :

Eugenio Montale : « Ne t’abrite pas à l’ombre... » / « Non rifugiarti nell'ombra... »  08/02/2022)

Poème suivant en italien :

Cesare Pavese : Dépaysement / Gente Spaesata (18/04/2022)