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Au café

 

Non loin de moi, elle prit un siège,

s’y installa sans hâte et fut comme une rose

     exposant sa nonchalance

     sur la lèvre du vase.

 

Le papier d’une lettre apparut, humble et soumis,

     dans sa main,

moissonnant un reste de sa fidélité.

 

Ma tasse de café s’échappait, elle, sans cesse,

     de ma main,

dans le désir de rejoindre sa tasse.

 

Ô le tourment infligé par ce capuchon dont le soleil

     auréolait sa tête !...

Et ce poudroiement d’or que met en mouvement

     l’haleine de l’été !...

 

Le voyage d’un rayon de lumière

     sur son genou

ébranle les fondations de mon âme !

 

Elle, de sa tasse, humait à loisir

     quelques gouttes de café

et moi, j’en buvais au bord

     de ses paupières !

 

Ah, ce récit conté par les deux yeux qui me demandent

     d’être son esclave,

comme sont les astres au ciel

     en leur perpétuelle ronde !

 

Chaque fois que je la regarde

     longuement, elle rit,

dénudant la blancheur de neige

     de ses dents.

 

..................................................................

 

*

Un rendez-vous, Madame ?

     Elle sourit

et me montra du doigt

     son adresse sur l’enveloppe.

 

J’y portais mes regards attentifs,

     et ne pus rien voir, sauf

la marque du rouge à lèvres

     sur sa tasse de café.

 

 

Traduit de l’arabe par René R. Khawam

in, « La poésie arabe des origines à nos jours »

Editions Phébus, 1995

Du même auteur :

« Quand je t’ai dit : / « Je t’aime ... » (31/03/2020)

Mots (31/03/2021)