cat-vent_binoches15-05-2014-2-002-246x300[1]Dessin de Valentine Hugo

 

Le trot des mulets à travers les viornes

s’accroche aux feu des cornes avec l’appel de nuit

la sciure des nuits se frottant contre la gloire des jours

recueille dans le creux des montagnes

frétillante pluie aux humeurs d’aronde perlière

 

que l’homme ne se donne aux prairies verdoyantes

et à l’eau sage qu’encercle d’oubli le timonier

un charme passager

l’amitié a passé en coup de vent noir

tout était là pour qu’elle y soit aux neuves moissons de vertiges

peut-être n’était-il pas assez habité par lui-même

et rien  n’était en place

peut-être a-t-il trop pensé à fuir

quand aucune fuite ne l’aurait détaché de sa ferveur première

 

ce ne sont pas des fleurs qui montrent des égards

à prendre ou à laisser

ce ne sont pas des feuilles de neige

ce ne sont pas les mots qui lui feront ouvrir les pièges

et desserrer les proverbes où il s’est pris d’hiver

dans la moelle des gemmes

 

héler encore les lâches séductions

je veux vivre avec la mémoire entière

harcelant les chiens béantes fêlures

agitant le sac empli de verrerie cassée

où maint reflet se brise à faux

comme le cheminement des évènements à travers la fumée

pour en sortir

un peu vivant et un peu mort

endormi ô lecture de soi-même

et las des jambes qui me portent

ni assez vite ni assez loin

éventant les amoncellements de passé sur l’estrade

brisant les mâts porteurs mauvais de lointains conseils

aux mamelles d’auréoles

pourquoi chanter

 

Où boivent les loups

Guy Chambelland éditeur (Poésie-Club), 1968

Du même auteur :

« dimanche lourd couvercle… » (17/06/2014)

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