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Venise

 

J’étais accoudé au pont,

Voici peu, dans la nuit brune.

J’entendais un chant au loin :

Goutte dorée qui s’échappait

Sur la surface tremblante.

Gondoles, lampes, musique –

Tout s’est évanoui, ivre, dans le crépuscule...

 

Mon âme, guitare effleurée

D’une invisible main y ajoutait

En secret une barcarolle,

Frémissant d’un bonheur multiple

- Quelqu’un l’a-t-il écoutée ?... 

 

Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre

In, « Anthologie bilingue de la poésie allemande »

Editions Gallimard (La Pléiade), 1995

 

Pourquoi je suis si malin »

 

Je me tenais sur le pont

naguère dans la nuit brune.

De loin vint une chanson ;

des gouttes d’or ruisselaient

sur la surface tremblante.

Gondoles, lumières, musique –

ivre, cela voguait, vers le crépuscule...

 

Mon âme, harpe aux cordes émues

invisiblement, se chantait

son secret chant de gondolier,

tremblant de cette félicité diaprée.

 - Quelqu’un l’a-t-il écouté ?...

 

 

Traduit de l’allemand par Guillaume Métayer,

In, Friedrich Nietzsche : « Poèmes complets »

Société d’éditions Les Belles Lettres,2019

Du même auteur :

Le soleil décline / Die Sonne sinkt (07/02/2020)

La chanson ivre / Das trunkene lied (07/02/2021)

 

 

Venedig / Warum ich so klug bin

 

An der Brücke stand

Jüngst ich in brauner Nacht.

Fernher kam Gesang:

goldener Tropfen quoll′s

über die zitternde Fläche weg.

Gondeln, Lichter, Musik -

Trunken schwamm′s in die Dämmerung hinaus...

 

Meine Seele, ein Saitenspiel,

Sang sich, unsichtbar berührt,

Heimlich ein Gondellied dazu,

Zitternd von bunter Seligkeit.

- Hörte Jemand ihr zu?...

 

Ecce Homo

1889

 

Poème précédent en allemand :

Friedrich Hölderlin :La moitié de la vie / Hälfte des Lebens (06/02/2022)

Poème suivant en allemand :

Selma Meerbaum-Eisinger : « Ô toi, sais-tu comment crie un corbeau ?... » / « Du, weißt du, wie ein Rabe schreit ?... » (09/02/2022)