Image1-1-371x500[2]Eau-forte d' Alberto Giacometti,pour le frontispice de "Dans la chaleur vacante"1961

 

Face de la chaleur

 

BATTANT

 

La meule de l’autre été scintille. Comme la face de la terre qu’on ne voit pas.

 

Je reprends ce chemin qui commence avant moi.

Comme un feu en place dans l’air immobile,

                        l’air qui tournoie au-dessus du chemin.

Tout a disparu. La chaleur déjà.

 

Souffle l’orage sans eau. Se perd l’haleine des glaciers.

Sans avoir enflammé la paille qui jonche le champ.

 

Cette maison dans l’autre orage. Comme un mur froid au milieu de l’été.

 

 

Vers la paille. Vers le mur de plusieurs étés, comme un éclat de paille

dans l’épaisseur de l’été.

 

PRES DE CE QUI T’ECLAIRE

 Près de ce qui t’éclaire,

                                                       aussi loin que l’étendue où la chaleur se

démet, déjà j’entends, plus loin, le roulement de l’air sur la terre sèche. La

rosée nous serre.

 

SCINTILLATION

 

Ce feu qui nous précède dans l’été, comme une route déchirée. Et le froid

brusque de l’orage.

 

Où je mène cette chaleur,

                                                                                    dehors, j’ai lié le vent.

 

La paille à laquelle nous restons adossés, la paille après la faux.

 

Je départage l’air et les routes. Comme l’été, où le froid de l’air passe. Tout

a pris feu.

 

*

 

Le jour qui s’ouvre à cette déchirure, comme un feu détonnant. Pour qui

s’arrête auprès des lointains. Le même lit, la même faux, le même vent.

 

FACE DE LA CHALEUR

Arrêté,

            jusqu’à ce que l’air, en s’illuminant, m’ait découvert ici, je bute

contre la chaleur qui monte au front des pierres.

                                                                                       Avant que le ciel

ne soit asséché.

 

 

Comme l’air que cette clarté fend, dans l’obscurité de la chaleur.

 

EMBRASURE

 

Notre visage, comme un mur, heurté par le même feu.

     Comme le froid dans l’horizon compact.

 

J’effleure, sur la terre serrée, ce front qui se hisse à côté de moi.

 

L’autre distance qui fait écho au front, à travers cette trop grande chaleur,

comme le corps infime de l’été.

 

Tout fuit à travers l’eau immobile, les souffles de l’air.

 

 

     La route liée nous est rendue en feu.

 

 

 

 

                                                                                 Je ne me suis habitué au jour

qu’à la fin du jour.

 

     Le feu brûle aujourd’hui sous un autre nom.

 

 

Dans la chaleur vacante,

Editions du Mercure de France, 1959

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