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A Claude Rivière

 

Je voudrai être une pierre

D’un chemin abandonné

Une pierre bien usée

Par d’anciens passages d’hommes,

De chars alourdis de gerbes

Et de troupeaux inclinés.

 

Je voudrai être une pierre

Au sommet d’une colline,

Une pierre ronde et bleue

Au milieu des chênes nains/

Le vent pousserait sur moi

Les aiguilles des pins calmes,

L’odeur de la mer prochaine

Et sèche du romarin.

 

L’hiver, les pluies amicales

Me laveraient doucement

Et dans le chaud de l’été

Un lézard furtif viendrait

Reposer sur mon silence,

Me donner l’essence pure

D’un contact avec la vie

Suffisant pour satisfaire

Un obscur désir secret.

Août 1953

 

Liberté des mers suivi d’Ecrits à Shangaï

Editions Gallimard, 1950

Du même auteur :

Attentes (24/06/2015)

« J’ai la nostalgie d’une plaine d’herbes... » (24/06/2016)

Pluie (30/10/2017)

La mer mauvaise (27/12/2018)

« Nous avons marché côte à côte ... » (27/12/2019)

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