81T4-BgMcoL

 

Sang déplié

 

La mort est blonde comme un canapé de filles

 

 

 

Les rêves me poussent dans les mains

Lorsque j’administre les montagnes

Comme les risques de septembre qui ne dorment que tout bas

Les fleurs me cassent et les cris me réparent

Je mords un bruit qui frise les chardons

 

 

 

Un homme de sang

Qui sèche au pied des feuilles

Une femme en joli crâne d’hiver

Un souvenir comme une cicatrice

Ma mère et moi

 

 

 

Commettre un soleil pour extraire la nuit

De sa plus belle chemise

Prendre un tunnel à chaque blessure

Mettre un cri à la place des mains

Comme font les montagnes lorsqu’elles toussent

Un poumon par-ci une douleur par là

 

 

 

La mort qui blonde comme un couple de sang

Le sexe qui distingue un dessin d’avril

 

Il fera deux silences à la veille du monde

Quinze froids dans un pli d’amour

La jambe éteindra le corps comme une rose

L’œil mangera un réseau de peaux

 

 

 

Le comprimé d’absence dans le sucre très petit

Le jet d’hirondelles d’un cuissot de veuve

Il y aura dans cette mort des cauchemars très polis

Pour ma bicyclette blanche

La lune ne sera qu’une cendre déroulée

L’étoile qu’un fil à peine télégraphique

Il y aura des pierres dans le ventre d’un suicide

Des fleurs châtiées comme des roses moustachues

 

 

 

La mort poile et remonstre

La terre bande à coups de pays

Le soir ne marbre qu’une cuisse qu’un rubis

Il fait désir il fait ici

 

 

 

Je sangs la peur

D’un bleu qui me remplit

Goutte à goutte

J’en cuisse à ma mère inachevée

Mon père m’inouït d’un crâne désir

Ma sœur me casse

 

Je vends mes cris aux portes des couleurs

 

 

La mort viande

Editions P.J. Oswald, 1974

Du même auteur :

 La mort viande (20/11/2019)

D’un sang à l’autre (20/11/2020)