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Vous êtes arrivés avec l’aube

     et il y avait là,

en ce lieu où l’on tuait

     sans raison, où l’on tuait

     sans relâche

derrière la porte de la prison...

     oui, il y avait là celle

     qu’avait élue le désir,

à présent en proie à l’accablement.

 

Il y avait là, prêtes à la trahison,

mille mains qui dérobaient

     de ma mémoire,

de mon libre sang, la vieille convoitise

que la noirceur des nuits nourrit

     dans l’attente de l’aube...

 

Vous êtes arrivés et nous étions là,

attendant en silence l’heure,

     du massacre.

L’homme sera-t-il crucifié ?

Les flammes consumeront-elles

     nos maisons,

     nos petits ?

Tout cela parce que nos rêves envisageaient

la venue de l’aube ?

 

Mais vous êtes arrivés

     et nous étions là,

à nous demander d’où viendrait

celle qu’avait élue le désir.

D’où viendrait-elle ?...

Elle ne viendra pas.

Le soleil ne se lèvera pas

     et au fond de la maison

déjà s’enfoncent dans la mort

les pas de mes enfants...

     réduits au silence.

 

D’où viendrait-elle ?...

Elle ne viendra pas,

car notre prison est aveugle,

     sans lucarne,

car notre chemin s’enfonce et se perd

     dans un gouffre,

car nous sommes sans puissance

     et sans force.

Mais vous êtes arrivés

     et nous étions là.

 

Telle est l’histoire de notre hier

     et son goût est amertume ;

telle est notre marche lente, le cortège

     de notre dignité :

notre seul bien jusqu’à l’heure où se lèvera

     enfin une aube libre.

 

Traduit de l’arabe par René R. Khawam

in, « La poésie arabe des origines à nos jours »

Editions Phébus, 1995