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A la mémoire de Joseph Brodsky

(mort le 28 janvier 1996)

 

I

Elle ne tombera pas

la tension des gratte-ciel. Les artères

souterraines ne perdront pas leurs nerfs. Ni

ne se tariront sous la ville les rivières

 

Les façades ne porteront pas

le noir. Les Bourses ne se

tairont pas et en mesure les cœurs des

feux rouges continueront à battre.

 

Les circonstances engendreront des

expressions d’après des intuitions et

dans les périodiques que la conscience

calcine.

 

Des sirènes feront taire les

cloches des églises, les humains les humains

dans la vie et au-delà de la mort.

Le temps au temps n’intentera point de procès.

 

II

Ce à quoi l’homme ne se

risque à rêver : chaque mort,

proche ou lointaine, derrière elle

laisse la vie et emporte la vie.

 

Suivra encore jours après l’autre,

la chance tentée sans

relâche de s’en tenir au libre arbitre

sans préjudice.

 

Subsisteront encore les malades du cœur,

des ventres affamés et la

souffrance par le bonheur non abusée, le

bonheur non point par la souffrance employé.

 

Le temps ne suppose-t-il point la vie ?

Et combien plus alors l’éternité

requiert-elle la vie.

 

III

La mort, le rebord du

miroir, dans lequel les

âmes se mirent, de leur

propre lumière.

 

Hormis de mesquines

dimensions, le ciel

acquiert une nouvelle face, façonnée,

au ciseau de la Poésie.

 

Peut-être nous as-tu instruit,

car seuls les enfants ont le droit

de ne pas tenir de promesses,

à la mort de ne faire nulle promesse.

 

Tu es désormais une partie

des puissants qui, violents

fléchissent le temps, jusqu’à ce que

sur la vérité il achoppe du pied.

 

Traduit de l’allemand par Philipe-Henri Ledru

In, « La poésie allemande contemporaine »

Editions Seghers / Goethe-Institut Inter Nationes, Paris, 2001

Du même auteur : Eglogue / Egloge (11/10/2020)

 

Zum Gedenken an Joseph Brodsky

 

Der Blutdruck der Wolkenkratzer

wird nicht fallen. Untergrundbahnen

ihre Nerven nicht verlieren. Die

Flüsse unter der Stadt nicht versiegen.

 

Fassaden werden keine Trauer

tragen. Die Börsen werden nicht

schweigen und die Herzen der

Ampeln weiter im Takt schlagen.

 

Ereignisse werden Wörter

hervorbringen nach Gefühlen und

in Zeitungen, die das Bewußtsein

verbrennt.

 

Sirenen werden Kirchglocken zum

Schweigen bringen, Menschen Menschen

im Leben und über den Tod hinaus.

Die Zeit wird Zeiten nicht belangen.

 

II

Wovon der Mensch nicht zu

träumen wagt : Jeder Tod, ob

nah oder fern, hinterläßt

Leben und nimmt Leben mit.

 

Folgen wird noch Tag auf Tag,

das Glück immer wieder zu

versuchen, das sich schadlos

am freien Willen hält.

 

Bleiben werden noch Herzkranke,

hungrige Bäuche und das

Leid, vom Glück nicht geprellt, das

Glück, nicht vom Leid angestellt.

 

Setzt Zeit nicht Leben voraus ?

Und um wievel mehr benötigt

dann die Ewigkeit Leben.

 

III

Der Tod, die Kante des

Spiegels, worin sich die

Seelen spiegeln mit ihrem

eigenen Licht.

 

Von kleinlichen Dimensionen

abgesehen, bekommt der

Himmel ein neues Gesicht, geformt

vom Meißel der Poesie.

 

Vielleicht lerntest Du uns,

Weil nur Kinder keine Versprechen

halten müssen, dem

Tod nichts zu versprechen.

 

Du bist jetz ein Teil

der Gewaltigen, die die

Zeit beugen, bis sie über

die Wahrheit stolpert.

 

Grosses Erwachen

Carl Hauser Verlag, Munich, 1999

Poème précédent en allemand :

Friedrich Hölderlin : Fête de la paix / Friedensfeier (01/08/2021)