Leanne-O-Sullivan[1]

Naissance

 

Voici que vient novembre,

moment de ma naissance, et les blanches nervures de la marée

déracinent le silence de la baie.

 

Aujourd’hui, je quitte la pierre pour le sable,

orpheline, ma mère une pierre

au soubassement de la terre, me voyant en rêve.

 

Sortant d’un sommeil profond, je m’étire comme un escargot,

rassemblant la chaleur de mes étoffes charnelles

et me déliant de cette coquille utérine.

 

J’écoute le mouvement de la mer, l’imite,

tends l’oreille au frottement des coquillages,

mon premier cri jaillissant du sel même.

 

Je lève les yeux tandis que le jour

prend forme, car on y verse

la lumière, une légère ondée effleurant

 

mes paumes doublées de mousse. Je pénètre

cette éclatante détrempe,

marais, dans l’air une plénitude de fuchsia.

 

Voici le squelette et le sang de ma mère,

draps d’algues et d’herbe – sur sa peau rougeoyante

je repose, mains et genoux.

 

Sentant doucement venir la soif

j’approche la bouche de la chute d’eau

pour goûter sur une feuille les fraîches gouttes d’abondance.

 

D’une secousse, je fais dégoutter les branches, mes membres

et mes lèvres se mouvant avec aisance, à la façon dont la gorge déployée

apprend à se mouvoir pour recevoir sa première nourriture.

 

 

Traduit de l’anglais par Anne Mounic

In, Revue « Temporel, N°9, 26 Avril 2010

Revue en ligne publiée par l’Atelier GuyAnne

77144 Chalifert

De la même autrice : Enfants du Cillínach / Children of the Cillínach (11/10/2020)

 

 

 

Birth

 

Now comes November,

my birth time, and white ribs of tide

uproot the silence of the bay.

 

Today I break from stone onto sand,

motherless, my mother a stone

bedding the earth and dreaming my image.

 

I stretch like a snail from a deep sleep,

my flesh gathering its warm fabrics

and unknitting me from this womb.

 

I listen and mimic the flood-tide,

open my ears to the haul of shells,

sheer salts erupting my birth-cry.

 

My eyes lift as the day begins

to shape itself, light being emptied

into it as a soft fall of rain sweeps

 

my moss-lined palms. I tread

into this soaked brightness,

bogland and the air full of fuchsia.

 

This is the blood and bone of my mother,

sheets of grass and weed - all her flushing skins

I lean on with my hands and knees.

 

Feeling a thirst gently pull

I bring my mouth to the fall of water

from a leaf to taste the cool, plentiful drops.

 

I shake the drench from branches, my limbs

and lips moving fluently, the way a full throat

learns to move for its earliest swallowing. 

 

Poème précédent en anglais :

Richard Brautigan : Poème d’amour / Love poem (27/09/2021)