moton497[1]© Marie-José Lamothe

 

Révélation

 

A l’éblouie.

Douceur sans bornes à l’éblouie.

 

Infinie, infinie félicité de l’infime, du presque rien, à l’éblouie.

 

Hauteur.

Gouffre d’en haut.

Sans plafond, sans parois.

Velours plein ciel.

 

Harmonie, tout d’un coup.

Communauté souriante, tout d’un coup.

Le sel de la terre accède.

Le sel de la terre voit le miel.

Le sel de la terre

                            enfin

                                      goûte

                                                le miel.

Enfin touche le ciel.

Enfin se sait ciel.

 

Plus personne, en félicité,

personne.

 

Rien que le coeur

le vaste cœur

qui voit plus ample,

qui bat plus souple,

qui brûle-pleure,

qui part en joie, joie, joie.

 

Rien que le cœur,

rien qu’une aile qui va.

 

Et il s’en va, Tchaboudouradj, il s’évapore

dans l’infime infini, dans l’inentrevu.

Son verbe, son épée à concepts – plus besoin, plus besoin dans la hauteur,

dans la hauteur hors plafond,

la hauteur sans parois où erre librement,

non cloué à la sensation,

aux pseudo-socles,

aux lubies de la faim,

le sel de la terre qui vient goûter au ciel.

 

Qu’a-t-il à faire, Tchaboudouradj, dans cet envers,

dans ces coursives,

dans ce repli de soi où l’univers accomplit des féeries

qu’un dieu comme lui évite de regarder en face,  histoire

de ne pas aller se distraire,

de ne pas aller s’abstraire de l’histoire ?

 

La liberté, l’harmonie dénouant les extases, lui, Tchaboudour, n’en vient-il pas,

n’en revient-il pas depuis sans cesse,

depuis toujours ?

 

Il s’en va, Tchabou,

il disparaît au revers de la transe,

sur l’autre versant,

dans le tunnel-histoire,

là où il faut chercher, chercher sans fin la fin,

la fin des temps plombés,

des temps qui ploient, qui chutent, qui creusent.

 

Au-delà, du côté du soleil, du côté d’avant le soleil,

où la lumière crée le soleil :

Plein velours de l’instant.

Infinie, infinie félicité de l’infime.

Eclaircie hors mirage.

A jamais désormais, à jamais.

 

Jusqu’au sommet central de l’intérieur de tout. *

 

Fluide ébène, cette cascade,

et le courant

et l’onde de choc :

tout est dedans, même le dedans, même le non-lieu –

dedans, même l’histoire qui tombe au dehors

comme la neige.**

 

Hauteur, hauteur sans socle.

Flèches de feu. Météores. Etoiles filantes.

Comètes en ubiquité.

Spirales simultanées du cri et du lasso.

Criquets, grillons au bord des braises, grésillements.

Quelle beauté, chuchote-t-il,

que ces fusées dans les coulisses du son !

Quelle beauté, ces torpilles !

 

Et sel, sel à crier soleil, sel à se taire au pied de l’arbre.

Sel pour eden à ciel ouvert.

 

*Roger Gilbert-Lecomte.

**André Breton.

 

Le sel de l’Eden

Editions La Passe du vent, 69200 Vénissieux 2002

Du même auteur : A l'intérieur on songe (14/02/2020)