AVT_Jabra-Ibrahim-Jabra_9517[1]

 

Murailles

 

Au-dessous des murailles

D’autres murailles

Et puis, plus bas, d’autres murailles encore.

 

Ur et Jéricho, Ninive et Nemrod

Sur les ruines où s’évanouirent

Les derniers soupirs des amants

Et les grincements des dents

Des esclaves dénudés

Des collines que hantent fourmis et grillons

Verdissent au printemps

 

Le berger vient s’y réfugier à l’ombre,

Livrant son corps moitié nu

A la fraîche rosée du matin :

Il foule une tête

Devant laquelle des millions de genoux ont fléchi

Et que parfumèrent les mains des belles.

 

Malheur, O malheur,

Cache les lamentations de ton cœur en chantant

Ton fils est descendu dans la vallée

Parcourir les ruines

Où de belles, drapées de poussière

Marchent sur des murailles

Qui cachent d’autres murailles

 

O nuit, O malheur, les chanteurs ont disparu

Derrière les collines qui hantent fourmis et grillons

Et les Rois de marbre attendent sans espoir,

Et le crottin des mules couvre

L’histoire des géants,

Et le souvenir des conquérants, et l’effusion du sang.

 

Ur et Nemrod, et les prostituées sacrées,

Dans les temples de Babel et de Byblos

Offrent leurs corps aux étrangers

Pour que fleurissent les collines

(sur les enceintes des villes)

Pour que les épis d’or et les coquelicots tremblent

Sous la dent du corbeau et du milan

Les lèvres des vierges et des adolescentes ont soif.

(Cache ta faim, cache là)

La nuit sera longue sur les murailles,

Au-dessous d’elles d’autres murailles,

Et plus bas, d’autres murailles encore.

 

Traduit de l’arabe par Simon Jargy

In, Revue « Vagabondages, N°13, Juin 1981 »

Association Paris-Poète,1981