صلاح_الحمداني[1]

 

Au cœur de Bagdad

 

I

La lune ruisselle sur ma main

Demain je tirerai sur l’épaisse corde du temps

et l’aube poindra

sur les traces des fusillés

 

Ici

nous ne sommes plus main dans la main

et la rosée couvre une prairie de tombes

étonnamment vide de morts

 

Au coeur de Bagdad

je plante les instants délaissés de l’exil

en dune de pierre

présence qui s’écoule le long des murs des ruelles

où l’on a tant souhaité la hache

 

Devant cette ville détruite jusqu’aux genoux

et des hommes généreux tassés dans des cercueils

les assassins de l’intérieur chargent et chargent encore

avec la honte de leurs bannières

 

II

Au coeur de Bagdad

je chavire

tel un mirage

 

Sans élan

sans élégance

je rattrape l’illusion du bédouin

et mes espoirs coagulés dans mes cahiers

 

Sans élan

dans l’aridité et la tempête de sable

alors qu’un simple sursaut de vie défie la mort,

cet instant est toujours froid.

 

Bagdad à ciel ouvert,

Éditions Écrits des Forges / L’idée bleue, Québec, 2006.