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Rustre

 

Il creusait lourdement

la terre, lèvres sèches,

joue pas rasée, caillou

caché sous des épines,

enfoncés dans l’orbite

les yeux très bleus luisants,

les cheveux recouverts

par un givre glacé.

 

Il rentrait tard chez lui

fatigué comme un bœuf,

pour connaître les choses

il avait ses mains dures :

dans le noir il prenait

les deux pis de la chèvre

sur la bosse des seins

de la femme allongée

les serrait comme au bain

la cuisse de son fils

quand il le lavait nu

dans l’abreuvoir de l’été.

 

Parfois, fixant la terre

l’œil noir il s’assoyait

sur un rocher, fumant

sa cigarette amère,

tout pareil à la bête

qui vit sans une plainte.

 

Traduit du grec par Michel Volkovitch

In « Les poètes de la Méditerranée. Anthologie"

Editions Gallimard / Cultures France (Poésie), 2010

Du même auteur :

Préhistoire (10/07/2014)

« Hauts paysages de l’ascension… »  (10/09/2015)

Première pluie 10/09/2016)

Cartographie de la lumière (10/09/2017)

L’ogre / Ο δράκος (10/09/2018)

Le chèvrefeuille (10/09/2019)

Tressaillement (10/09/2020)