Alfonso_Gatto[1]

 

Pour les martyrs de la Place Loreto (*)

 

Vint l’aube, puis tout fut en arrêt :

la ville, le ciel, le souffle du jour.

Les bourreaux seuls restèrent

vivants devant les morts.

 

Silence était le cri du matin,

silence le ciel blessé,

silence des maisons, silence de Milan.

Restèrent souillés même de soleil,

tachés de lumière et odieux l’un à l’autre

les assassins vendus à la peur.

 

C’était l’aube et là où régna le travail,

la où la Place symbolisait la joie enflammée

de la ville émigrant soir après soir

vers ses lumières ; là où le grincement même

des trams était salut au jour, au frais

visage des vivants, ils voulurent le massacre

pour que Milan réunit à son seuil

- mêlés dans le même sang –

ses enfants de l’avenir et son vieux cœur

généreux et exalté, serré comme un poing.

 

Je liai mon cœur et le vôtre,

celui de ma Mère et de mes enfants,

celui de tous les vivants tués en un instant

à cause de ces morts exposés tout au long du jour

à la lumière de l’été, à un ouragan

de nuages de feu. J’attendis le mal

comme un éclair fulgurant, comme le flot

bouillonnant de victoire ; j’entendis le tonnerre

d’un peuple réveillé de ses tombes.

 

J’ai vu le jour nouveau où, à Loreto,

les morts monteront les premiers

sur la barricade, rouge, en salopette,

la poitrine à nu, encor vibrants,

de sang et d’arguments. Et chaque jour,

chaque heure brûle à jamais à ce feu ;

chaque aube a le cœur offensé par ce plomb

qui foudroya des innocents au mur.

 

(*) Le 10 août 1944, 15 otages furent fusillés à Milan en représailles d’un attentat

à la bombe contre une auto allemande.

 

Traduit de l’italien par Geneviève Burckhardt

in, « Italie poétique contemporaine »

Editions du dauphin, 1968

Du même auteur :

A mon père / A mio padre (27/08/2017)

Mots / Parole (27/08/2018)

« Les soirs reviendront... / « Torneranno le sere ... » (27/08/2019)

Et tu m’écouteras / E tu m'ascolterai  (27/08/2020)

Elégie nocturne / Elegia notturna (01/08/2022)

 

 

 

Per i martiri di Piazzale Loreto

 

Ed era l’alba, poi tutto fu fermo

 la città, il cielo, il fiato del giorno.

 Restarono i carnefici soltanto

 vivi davanti ai morti.

 

Era silenzio l’urlo del mattino,

silenzio il cielo ferito :

un silenzio di case, di Milano.

Restarono bruttati anche di sole,

sporchi di luce e l’uno all’altro odiosi,

 gli assassini venduti alla paura.

 


Era l’alba, e dove fu lavoro,

ove il Piazzale era la gioia accesa

della città migrante alle sue luci

da sera a sera, ove lo stesso strido

dei tram era saluto al giorno, al fresco

viso dei vivi, vollero il massacro

perché Milano avesse alla sua soglia

confusi tutti in uno stesso sangue

i suoi figli promessi e il vecchio cuore

forte e ridesto stretto come un pugno.

 

Ebbi il mio cuore ed anche il vostro cuore,

il cuore di mia madre e dei miei figli

di tutti i vivi uccisi in un istante

per quei morti mostrati lungo il giorno

alla luce d’estate, a un temporale

di nuvole roventi. Attesi il male

come un fuoco fulmineo, come l’acqua

scrosciante di vittoria, udii il tuono

d’un popolo ridesto dalle tombe.

 

Io vidi il nuovo giorno che a Loreto

sovra la rossa barricata i morti

saliranno per i primi, ancora in tuta

e col petto discinto, ancora vivi

di sangue e di ragioni. Ed ogni giorno,

ogni ora eterna brucia a questo fuoco,

ogni alba ha il petto offeso da quel piombo

degli innocenti fulminati al muro.

 

Il capo sulla neve. Liriche della resistenza

Milano, 1947

Poème précédent en italien :

Dino Campana (1885 – 1932) : La baie vitrée / L’invetriata (20/08/2021)

Poème suivant en italien :

Antonella Anedda: « Pour la nuit qui tombe trop tard... » / « Per la notte che cade troppo tardi... » (30/08/2021)