Sutzkever[1]

 

Automne tsigane

 

Sur ses sabots d’or galope l’automne et bat son tambour,

Et palpe le vent, doigts ensanglantés, la plaine alentour,

Chante à travers champs sa vieille balade – elle est ivre morte.

 

Tsiganes blottis, pareils aux moutons serrés en cohorte,

Devant le brasier du couchant qui souffle un vol d’étincelles,

Echoppe-tristesse où sanglote un cœur et sa mort ruisselle.

 

Un tsigane âgé portant des anneaux d’argent aux oreilles,

D’un coup de couteau sa tristesse fend, si grise et si vieille,

Le noir de ses yeux se couvre soudain d’un voile de sang.

 

- Aïe, petit frérot, je vois bien venir la fin qui descend

Sur le clan tsigane. Et nous engloutit l’abîme funeste,

Serons effaçés avec les tisons du brasier céleste.

 

Battez bandouras ! Déversez aux vents et jetez la danse !

Laissez-moi tresser d’épines dardées la couronne ardente !

Tant qu’enfin la neige en la recouvrant l’éteigne à nos fronts,

 

Car dès lors au vent toutes nos tribus s’évanouiront ;

La steppe hurlante et les arbres nus, seuls dans la vallée,

Parfois nous verront dans leur rêverie ombres dévaler.

 

Sur ses sabots d’or galope l’automne et bat son tambour,

Et palpe le vent, doigts ensanglantés, la plaine alentour,

Chante à travers champs sa vieille balade – elle est ivre morte.

 

Tsiganes blottis, pareils aux moutons serrés en cohorte.

 

Traduit du yiddish par Charles Dobzynski,

in « Anthologie de la poésie yiddish, Le miroir d’un peuple »,

Éditions Gallimard, 2000.

Du même auteur :

Les juifs gelés (13/08/2014)

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