moton943[1]

 

Les Aruspices

 

Faix du sommeil

tréteau d’étranges lambris

de cariatides aveugles

ton aube casse au fond de mon gosier

froid sortilège

 

Si les maisons n’étaient que des fenêtres

si le mobile que j’observe le long de cette courbe qui est moi-même

cessait enfin – point noir -  de respirer

si les vagabonds du tonnerre avaient enfin fixé leur tente

sur quelque îlot perdu dans la mâchoire des nuages

 

le soleil s’éveillerait

 

Lingot d’astronomie

entre terre et ciel une comète se balance

sa chevelure est faite de dés

 

Les victuailles au palais riche en joies sacrilèges

fumaient. Les prêtres levèrent tous ensemble

une pierre en forme de météore

et marquèrent leur front du sang de la vengeance

 

Un poignard un collier de cristal une plaie

béante de fruits murs étendus sur sa claie

Que le ciel soit solide ou bien vague charmée

la vengeance est un astre étoile vendangée

 

Plus bas

juste sous la colombe

entre les quatre griffes qui engendrent chacune l’un des points cardinaux

une rivière se fige

 

Proie nourricières des flots qui en font leur pâture

des cailloux tendres roulent : ce sont les fils des pioches

Ils s’arrachent deux par deux des routes sans douceur

reines d’obscurs travaux battant comme des cloches

 

Mais la frayeur ?

 

Un délire souterrain l’annonce la frayeur

 

Les entrailles de la terre se groupent en forme de maison

un jet de sang descend sur le perron

et dresse en l’air ses cheveux rouges mouillés

 

pour voir d’où vient le vent

 

 

In, Revue « La Révolution surréaliste, N°8, Ier Décembre 1926 »

Du même auteur :

Liquidation (25/06/2014)

 Les veilleurs de Londres (25/06/2015)

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