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Flèche

(Le blanc des yeux comme on n’en voit plus)

 

Couché dans l’allée des chênes

à la chevelure ébouriffée

Tous tendus au même arc

J’y fus oiseau jadis

ma langue s’en souvient

quand la nuit s’ouvrait une femme experte

un carrioleur rentrait comme une pierre dans l’eau

sa chanson bougeait linge dans le vent

puis s’évanouissait s’enterrait dans les tourbières

Au plus calme des branches froissées

trop tendres

plutôt caressées au passage ces filles nues

aux odeurs de feuilles et de gîte

et s’enlaçaient avec des murmures

puis des blasphèmes

J’y fus oiseau jadis

de la mousse entre les jambes

et le blanc des yeux comme on n’en voit plus

Au bout de l’année il n’y avait rien encore

le château fut construit plus tard

beaucoup plus tard

Au bout de l’allée il n’y avait rien

qu’un grand écu d’herbe

on y consommait d’étranges sacrifices

là où l’herbe était brûlée

sur la longueur de deux hommes

Couché dans l’allée des chênes

abandonné et pourrissant et vieilli

la pluie m’endort me rassure

une femme passe sans me voir

le cercle de sa robe découvre haut ses cuisses

Il remue encore dans ma tête

avec son odeur de soleil

 

Au pays du sel profond

Editions Bretagne,1979

Du même auteur :

Pencran (23/12/2014)

Dans un pays de lointaine mémoire (08/03/2016)

Dédicace (09/03/2017)

Les barbares barattent (09/03/2018)

Au pays du sel profond (24/06/2020)