jams[1]

 

Une fontaine au Bas-Poitou

 

Fontaine où l’amour (quel amour) prend naissance et lumière

Elle est dans un lieu-dit avec des arbres des buissons

A l’écart dans les bas avec des prés les peupliers

Le soleil et l’ombre y jouent au silence à la solitude et font croire

Qu’elle est un lieu central et la naissance du monde où

Désormais je suis perdu n’ayant jamais perdu

Le souvenir d’un point clair en la fontaine un regard d’enfant

Que la mémoire comble à jamais depuis de mémoire

L’amour n’ayant plus de limites quel amour est la désespérance

Et pourtant la lumière et je le porte et j’avance

Avec un poème encore et des visages (solitude silence) je les vois.

 

Elle est un lieu de pierre et d’eau avec à côté un jardin

Soudain là pourquoi parmi les prés clos les buissons

Sinon pour qu’il y ait des fruits (figuiers rêches, pavies) auprès

De la fontaine sinon pour mon plaisir (solitude silence)

C’est dans les bas comme un livre et le bleu ouverts

Je n’y lisais pas de littérature mais plus tard

Maintenant Cavalcanti paraît dans les jeunes ronces

Et l’amour il brille et se déprend de la mémoire et dans la lumière.

 

Maintenant la lumière est contenue presque dans le vert

Parmi des maisons des couleurs tendres

Les arbres gris ou juste un peu rouges printemps dans la Nouvelle-Angleterre

Lèvent et joignent l’air et le ciel vif au terreau des pelouses

Cela que j’ai regardé dans la transparence aujourd’hui

Des vitres lavées et de l’après-midi fait un paysage où

Je prends l’origine de ce poème et l’origine d’un plaisir car

Depuis le premier vers c’est la même fontaine dont je veux parler

Qui est un centre de ce livre et de ma vie elle était ce soir

Une qualité de lumière et de vert contenue presque parmi

Des maisons des arbres gris maintenant dans ces mots qui paraissent.

 

Foutre c’est comme un cœur qui bat fontaine

Je me souviens du sang il est dans l’épaisseur

Du corps obscur canaux veines jardins souterrains

Foutre c’est comme un cœur perdu dans les labours

Un printemps qui dieu palpitant rien

Mais fontaine enfouie qui se défait puis

Comme encore un cœur il bat dans la mémoire.

 

De cette fontaine j’en veux parler je la vois c’est vrai

Dans le bleu du ciel un rond d’arbres des buissons

Je ne ferai nulle description mais contre son existence

Autrefois dans mon enfance au loin maintenant

Je peux mettre un poème et des mots qui semblent

Etre de la couleur et ce n’est que du silence

Dans l’écriture qui les permet pourtant

Cette fontaine dont je parle sise est vivante dans la pierre

Au bout d’un grand chemin d’arbres au bord loin

D’une existence et peut-être auprès de ce poème pourtant

Cette fontaine aussi permet la venue des mots les voilà.

 

Poème où ce serait lui poète et parleur dans

La transparence qu’il croit de lui-même et des mots

Parole comme un poème et dès lors

Ce serait la fontaine aujourd’hui parmi

Ce poème parmi les mots la présence en fait

Le même leurre un lieu d’arbre et de pierre

Mais pas transparent seulement pierre

Où c’est lui trace peut-être poète et silence

 

Fontaine où ce serait lui poète et parleur dans

La transparence qu’il croît de lui-même et de l’eau

Parole comme une fontaine mais dès lors

Que serait ce poème aujourd’hui sinon

La même fontaine ? or ni lui ni l’eau nulle présence mais

Le même leurre affublé du mot rouge

Mais pas transparent seulement rien parole

Où c’est lui poète et trace peut-être et silence.

 

Paysage au fusil (coeur) une fontaine

In, « Cahiers de poésie, 2 »

Editions Gallimard, 1976

 

Du même auteur :

Trois figures qui bougent un peu (19/03/2015)

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