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 Bétracq

 

C’est en plein été vers midi

que je foulai pour la première fois

la terre jaune des ancêtres,

que je descendis d’un pas sûr la colline

vers les maisons rouges encore jamais vues,

une fleur de vesce aux lèvres,

impudique, impatient,

comme on revient chez soi,

tandis que de mon cœur et des haies

surgissaient des couple de grives.

 

Je revenais après cent ans d’absence

espérant déterrer

l’os assez blanc pour m’éclairer

questionnant les chiens, les femmes, les ruines.

Alors le village si longtemps rêvé s’ouvrit ;

verte fut sa réponse.

 

Oui, c’était ma vie que je venais surprendre

dans ces maison cuivrées.

J’étais l’enfant songeur perché sur le muret

J’étais l’homme rutilant qui engrangeait la paille.

Et le vieillard dernier du nom

le vin couleur maïs

l’horloge scellée au mur ;

c’était moi.

 

L’herbe géante couvrait les tombes.

De chaque geste,

de chaque pierre les lézards fusaient

comme un essaim de flammes vertes.

Homme,

j’étais partout comme la feuille sur l’arbre.

 

Terre, terre, comme il fait bon s’étendre à travers toi.

L’Arbre, 02470 Danmard, 1972

Du même auteur : Ma vie s’envaste (31/05/2020)