francisco-brines[1]

 

Scène secrète

 

Les yeux troublés

par la solitude et le désespoir

(aux heures intruses de la nuit

qui déversent leur silence, leur froid clandestin

dans la maison déserte),

regardent, contournent quelques ombres floues,

dans le vide morne de toute une vie.

Personne n’est témoin de cette lutte sourde

de l’homme avec la peur,

du cœur avec la cendre,

d’un ardent désir avec son inutilité.

 

Dans cette détresse, qu’est son âme,

il cherche la compagnie d’un miroir

où, en sordide écume,

fixer sa face,

et absorbé, il regarde un visage identique

qui, transformé en monstre et en mort,

disparaît enfin.

 

Traduit de l’espagnol par Claude de Freyssinet

In, « Poésie espagnole. Anthologie 1945 – 1990 »

Actes Sud / Editions Unesco, 1995 

Du même auteur :

Se regardant dans la fumée / Mirándose en el humo (11/05/2017)

Quand je suis encore la vie / cuando yo aún soy la vida.(11/05/2018)

Le pacte qui me reste (11/05/2019)

« Le balcon donne sur le jardin... »  / « El balcón da al jardín... » (10/05/2020)