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Dormition de la neige

 

I

Stèle dormante ombrée de neige

Dans le vent vide où se dévêt le froid

Comme ombre d’homme ombrée de neige

Et couronnée de tous lambeaux du froid

Buée ombrée simplifiée par la neige

Dans ce pays brûlé de soudain froid

 

Cet homme, et qui sera, viendra mourir

Dans le repli d’une rose de froid

Ayant donné son nom à toute neige

Née de la terre et revenue vers elle

Comme eau nocturne agréée par le cœur

Cet homme ayant à tout sommeil donné

Son corps d’amour et son oubli, un peu

De neige vive apeurée par le froid

 

Cet homme ayant au vent donné ses membres

Le voici cavalier des nudités

Lui-même et son cheval devenus frères

Buvant tous deux le même lait du vent

Qui est d’astre perdu et lait de pauvre

Si pauvre femme établie dans le songe

Qu’elle est assise et ses deux mains brûlées

D’avoir touché le froid des nudités

 

Il a enfin enfin touché la neige

Son membre d’homme à la fin dénudé

Et sa mère à genoux le purifie

Puis la voici, sa main devenue songe

Contre son cœur dont l’aorte est un arbre

 

Cet homme ayant perdu son nom de neige

Il y a dehors sa mère et son cheval

Mais lui s’attarde à s’abreuver d’un lait

Qui est le lait de la plus sombre fille

De la plus nue avec ses étamines

Assise vive et ses linges de sang

Rêvant cela et l’eau sur ses épaules

Faisant briller de ses épaule l’ombre

 

Il est à sa toilette aidant sa mort

Méditative et qui lui tend un fruit

Il prend deux fruits pour son cheval - il sort

Et nul cheval devant sa porte, mais

Comme un millier soudain d’immenses lyres

La flamme avec la flamme avec la pluie

 

II

Mais l’absolu l’absolu de la neige

Est une flamme au cheval attachée

Plus pur cheval que tout cheval de terre

Admis à des jardins, à des nuages

Qui sont, nuages, des figures de la vie

Brûlées le soir dans des théâtres d’air

Afin que ne soit plus que la nuit vive

 

Or le cheval et l’arbre

Portent tous deux le signe qui fulgure

Dans le retrait et la dénudation promise

D’eux rien ne restera mais le plus pur

De l’arbre sera figuré dans l’esprit

Et recouvert nuitamment par les nuages

De fleurs avec leurs fruits qui sont ensemble

Un peu d’éternité devenue jour

 

Ils sont tous deux de ce côté du jour

Avec l’éternité comme un cheval

Buvant d’un trait l’éternité du jour

Douce et présente inlassablement dans l’arbre

Comme urne déchirée et brûlé vive

Devenue femme et toutefois brûlante

Si installée dans la limpidité

Qu’elle est jardin et tous ses fruits de neige

 

Comme un jardin de neige et tous ses fruits

Est cette femme allégée par la flamme

Donnant de ses deux mains le don de neige

A la douleur de ce qu’elle est, au froid

Qui brille aigu comme acuité d’étoile

A peine traversée par le nuage

De la pensée à peine réfléchie

Par cette femme endolorie de monde

 

Elle est sous la nuée d’inconnaissance

Femme et blessure et blessée qui gémit

Comme colombe éblouie par la lenteur

De la brûlure de son être inextinguible

Qui n’est personne et seulement il est

Un peu de mort contre la femme vive

Qui est dormante incendiée d’images

 

Elle est dormante et seulement elle est

Rapatriée en ce pays de neige

Avec ses longs violons de transparence

Obscurcis par la traversée des nuages

Et ses raisins sont raisins absolus

Son cœur de femme étant colombe faite

Et son visage un peu d’ardente neige

Offert à toute nuit par toute nuit

 

III

Et son raisin est lavé par la mer

Et relavé et brûlé par l’écume

Comme racine d’eau dans le charbon

Qui est beauté de ce théâtre d’ombre

Elle est cendre légère elle est vivante

Dans la poussière des vivants avec leurs yeux

Sous la douceur qui les fit naître cendre

 

Théâtre osseux, beau corps de labyrinthe

Eclairé par une lampe de bleuets

Dans le miroir lumineux de la terre

Où brûle un arbre ensoleillé de temps

Et qui se fait violence de colombe

Au-dessus de l’amour dont le visage

Est dans la neige une arme reposée

 

Beau corps, ô corps enfanté par les arbres

Et si dressé dans la lumière d‘arbre

Que ton visage abandonné implore

De seulement sur lui embraser l’herbe

Pour que la terre vienne après la neige

Et qu’elle brille ensemencée d’un feu

Qui n’aime que le plus ardent, le rouge-gorge

 

Oiseau perdu sous la nuée d’incandescence

Cernant de sa fragilité les liserons

Qui flambent seuls en amont de la mort

Près d’une lampe enténébrée de jour

Et lente – si lente à brûler dans l’esprit

Que toute pierre lui est signe et présage

 

Que toute pierre soit ce peu de terre

Sortie de l’eau comme une épaule brille

Avec la femme avec son ventre fille

Sa chair blessée éblouissant l’esprit

Comme une étoile égarée par les fleuves

D’une autre terre ancienne où ceux qui vont

Outre le blé seront criblés de pierres

 

Comme une étoile égarée par les fleuves

Est cette femme indiquée par l’oiseau

Avec le sang qui coule d’elle et fait

De ce qu’elle est la blessée des roseaux

Obscure pierre et ses cuisses colombes

Très longue flamme étable dans le froid

Pour que les hommes de sang deviennent songe

 

Elle est ici l’amie du feu, elle a

Une ombre sans poussière avec des main

Et son visage est l’enfant de la neige

Comme une flamme endormie dans la flamme

Elle passe avec son corps ombré de sang

Entre le fleuve et l’autre fleuve – dans

Cela ici qui est mort et maison

 

IV

Et quelle neige ? Ici, dans la maison

Il n’y a plus que l’idée de la neige

Et l’homme aussi avec son ombre seule

Et le grand fleuve dans sa chambre : il le voit

Briller très loin comme une lampe de théâtre...

L’homme est assis à sa toilette aidant sa mort

Méditative et qui lui tend un fruit

Il prend deux fruits pour son cheval - il sort

Et nul cheval devant sa porte, mais

Comme un millier soudain d’immenses lyres

La flamme avec la flamme avec la pluie

 

 

Dormition de la neige

Editions de Vallongues , 83150 Bandol, 1996

Du même auteur :

« Sur le plateau pierreux… » (17/07/2014)

La terre avec l’oubli (05/10/2021)

Longue feuille du cristal d’octobre 10/0582022)