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     Brusquement tu te souviens que tu as un visage. Les traits qui en formaient

le modelé  n’étaient pas tous des traits chagrins, jadis. Vers ce multiple paysage

se levaient des êtres doués de bonté. La fatigue n’y charmait pas que des

naufrages. La solitude des amants y respirait. Regarde. Ton miroir s’est changé

en feu. Insensiblement tu reprends conscience de ton âge (qui avait sauté du

calendrier), de ce surcroît d’existence dont tes efforts vont faire un pont. Recule

à l’intérieur du miroir. Si tu n’en consumes pas l’austérité du moins la fertilité

n’en est pas tarie.

 

Feuillets d’Hypnos

Editions Gallimard, 1946

Du même auteur :

Congé au vent (02/05/2014)

« J’ai ce matin, suivi des yeux Florence … » (02/05/2015)

« La contre-terreur c’est ce vallon… » (02/05/2016)

Se rencontrer. Paysage avec Joseph Sima (02/05/2017)

Fièvre de la Petite-Pierre d’Alsace (02/05/2018)

Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud (01/05/2019)

« Le peuple des prés m’enchante... » (02/05/2020)