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Vers de hautes portes

 

Seul est mien ce pays

Qui se trouve en mon âme ;

Comme un familier, sans papiers,

Je m’y rends.

Il voit ma tristesse et ma solitude,

Il me couche pour m’endormir,

Me recouvrant d’une pierre d’odeurs.

 

Un vert jardin fleurit en moi, des fleurs imaginées,

En moi mes propres rues s’étendent.

Les maisons manquent

Depuis le temps de mon enfance elles sont en ruines,

Leurs habitants s’égarent dans les airs,

Ils cherchent un logis, ils vivent dans mon âme.

 

Voici pourquoi quelquefois je souris

Quand le soleil scintille à peine,

Ou bien je pleure

Comme une pluie légère dans la nuit.

 

Je me souviens d’un temps

Où je portais deux têtes...

C’était un temps

Où les deux têtes

Se couvraient d’un voile d’amour,

Se dissipaient comme le parfum d’une rose.

 

Il me semble à présent

Que même en revenant sur mes pas

J’avance

En direction de hautes portes

Qui cachent un chaos de murs

Où les tonnerres abattus passent leurs nuits

Et les éclairs brisés.

 

Traduit du yiddish par Charles Dobzynski

In, « Anthologie de la poésie yiddish. Le miroir d’un peuple »

Editions Gallimard (Poésie), 2000

Du même auteur : Ton appel (30/04/2022)