jacques-reda[1]

 

L’aurore hésite

 

Les arbres penchés dans le brouillard immobile

Écoutent le cri de l'oiseau sans patrie.

On passe avec effroi par le chemin de terre :

La haute plaine au-delà n'existe plus,

Les buissons et les pierres sont en exode.

Au milieu du jardin tombé en déshérence,

La source rentre sous l'argile et pas un brin

D'herbe ne bouge. Mais on parle à mots couverts

Derrière la clôture où s'attarde l'odeur

D'un feu mouillé qui rôde. Est-ce vraiment l'aurore ?

Dans le brouillard qui s'épaissit luit le tranchant

Des faux laissées sur la pelouse obscure. Cependant,

Je marche d'un bon pas sous le cri mat de l'oiseau

Et les arbres enchaînés m'accompagnent.

 

Amen

Editions Gallimard, 1968

Du même auteur :

Elégie de la petite gare (10/04/2015)

 Aux environs (10/04/2016) 

 Pluie du matin (10/04/2017)

« Quand montant de la porte d’Orléans… » (10/04/2018)

Oraison du matin (10/04/2019)

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