reverdy_x_picasso[1]Pierre Reverdy par Pablo Picasso

 

Trois poèmes

 

1

 

Un carré de rayon s’abat sur la lumière

Ailleurs il fait sombre

Et je vois voler mon chapeau

Et vos doigts me disent le nombre

des oiseaux

Qui sont dans la cage d’en face

 

La fenêtre fait une grimace

Le rideau

se lève

Et celle qui me regarde

est belle

Derrière il y a de l’eau

Une glace

Et l’ombre danse à travers les carreaux

 

Soleil

Merveille

C’est une danseuse irréelle

Sur le bout des arbres du boulevard.

Les grelots tintent

il est tard

Et nos souvenirs carillonnent

 

Un soldat fatigué s’endort sur le rempart.

 

2

 

Une lettre écrite à l’envers

 

La main qui passe sur ta tête

Et l’heure

Où l’on se lève le matin

Soleil rouille

Vitre fondue

Nature morte

Le courant d’air ferme ma porte

Et les songes m’ont réveillé

Il y a encore une bougie qui brûle

 

3

 

Quelque temps passe

La Nuit claire

Un mauvais soleil s’est levé

Le lendemain

Un vieillard à genoux tendait les mains

des animaux couraient tout au long du chemin.

 

Je me suis assis

J’ai rêvé

Une fenêtre s’ouvre sur ma tête

Il n’y a personne dedans

Un homme passe derrière la haie

 

La campagne où chante un seul oiseau,

Quelqu’un a peur

Et l’on s’amuse

Là-bas entre deux petits enfants

La joie.

Toi contre moi.

La pluie efface les larmes.

 

On ne peut pas marcher dans le sentier étroit

On rentre du même côté

Mais il y a une barrière

Quelque chose vient de tomber

Là-bas derrière

 

Une ombre plus grande que lui-même fait le tour de la Terre

Et moi je suis resté assis sans oser regarder.

 

Revue « Nord-Sud, N°2, 15 Avril 1917 »

Librairie Monnier, 1917

Du même auteur :

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