Nizar_qabbani_01[1]

Mots

 

Il me fait entendre

quand il danse avec moi...

des mots... qui ne ressemblent pas à des mots

il me saisit

par le bras

me plante

dans l’un des nuages

et dans mes yeux

tombe la pluie noire

averse... averse

il m’emporte avec lui... il m’emporte

vers un soir de balcons roses

et moi comme une enfant dans ses mains

comme une plume... portée par la brise

il apporte pour moi... sept lunes

dans ses mains

et un bouquet de chansons

il m’offre un soleil.

il m’offre...

un été ... un troupeau d’hirondelles...

il m’informe...

que je suis sa merveille

que je vaux... des milliers d’étoiles

que je suis un trésor...

et que je suis...

le tableau le plus beau qu’il ait jamais vu

il raconte...

des choses qui me font tourner la tête

me font oublier le tintamarre de la musique

me font oublier... la piste... et les pas

des mots

qui retournent sens dessus-dessous mon histoire...

qui me font femme en quelques instants

une autre femme...

en quelques instants...

Il me fait entendre quand il danse avec moi...

des mots... qui ne ressemblent pas à des mots

il me laisse...

perdue pendant des heures...

il me laisse

m’amuser avec un fil

un fil dont les nœuds sont serrés

un fil de cauris

un fil fait de mots

il me laisse

au milieu du drame...

je ressasse... je resasse... les mots

avec moi rien...

que... les mots

 

Pékin

 

Traduit de l’arabe par Saleh Diab

in, « Poésie syrienne contemporaine. Edition bilingue »

Le Castor Astral, éditeur, 2018

Du même auteur : « Quand je t’ai dit : / « Je t’aime ... » (31/03/2020)