auteur_350[1]

 L’arbre des morts

 

 L’arbre des morts part pour la haute mer

ses feuilles sont poissons de métal souple

ses fruits bateaux qui ne reviendront pas.

 

Les gisants d’ombre attachés au rivage :

maisons, tombeaux, rochers , débarcadères

soufflent dans son branchage un vent de pierre.

 

Sa chevelure fend le phosphore et les algues

les étoiles filantes dérivent dans sa sève

parmi tous les feux de la terre.

 

Il est le grand fleuve de lave

le serpent d’or au sein des lames

il est l’éclair uni aux flots.

 

Le trident de l’orage creuse dans son aubier

des nœuds qui sont remous profonds.

Il se dirige vers la plus lointaine tour

 

vers le phare qui se confond

avec un astre encor couché

de l’autre côté de la nuit.

 

L’arbre funèbre atteint la pleine mer

il se croit seul quand mille autres l’entourent

offrant leur flambée obscure à la lune

 

De tous les ponts de l’horizon

déferle une immense forêt

où la plume plonge, où l’écaille vole

 

et ces rameaux sevrés d’air et de rêves

gonflés d’encre ainsi que des poulpes

trouvent l’oubli dans un matin de lait.

 

Alourdis de glace et de plomb

les évadés rallient le port

dont le soleil blanchit les cendres.

 

Une frondaison de nuages

plane au large des cimetières

et condense l’eau maternelle.

 

Poèmes choisis,

Editions Rougerie, 87330 Mortemart, 1977

Du même auteur :

Incertitudes (16/07/2015) 

Le jour tout neuf (16/06/2014)

L’Oiseau d’écume (22/03/2020)