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Dévié par le vent (Paul Celan)

à Guennadi Aïgui

 

 

s’il faut maintenant construire

un mot double ce

serait le dernier

feu dans la

neige rabâchée

 

mottes retournées terre mélangée à

l’herbe dans la neige qui

n’est plus que

l’aneige

 

froid aveugle sans

douleur c’est alors

que nous allions nous courber

l’illumination simple de l’armoise : les mots

passé de toi  à

moi à travers les

rides te ton visage

 

il a jailli sous la taie de mes

yeux glacés, mère, il

se superpose au

mien

 

il se reflète dans la

paume de

mon aimée, toujours recherché, de

paume en paume, comme

ce mot

double

qui brûle et m’oblige

à traduire le feu

dans le feu, ma langue

dans cette langue nôtre malgré –

 

tête bêche

nous regardons les

nuages et le

vent toujours plus haut

 

In, revue « Babel heureuse N°4, automne 2008 »

Gwen Catalá, éditeur, 31000 Toulouse