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Les fileuses d’étoupe (III)

 

 

Si tu veux m’appeler ou recevoir de moi quelques

     nouvelles,

Ne perds pas ton temps à te tirer la barbe face

     aux nœuds terribles de l’éternité

Ne chante ni les refrains du sommeil ni ceux des

     pleurs ni ceux de la gaieté

 

 

 

 

Car dans ce temps de famine

Tu es mon ennemi

 

Et je suis le tien

 

 

 

 

Du haut de l’escarpement de la nuit

J’essaie d’entrevoir entre nous ce qui fut :

 

Parmi les épieux des frondaisons d’épines

Je vois les vents basculer nos amours

 

Et tout ce qui nous semblait magnitude

Sous le grand silence du ciel

Perdure avec les oiseaux d’en-bas qui les dévorent

Leur assurant par les éclairs solides de leurs vols

 

Leur part d’enfer

 

 

 

 

Nous ne sommes plus rien

Quand nous plongeons nos yeux dans nos miroirs

Et peignons nos cheveux du côté où nous ne

     sommes pas

 

Enroulée dans les draps de ténèbres

 

 

 

 

Visible et invisible

Dans la douceur d’ordures de notre terre

 

 

 

 

Car au moment de l’ouragan, Saint-Ange,

Tu n’es plus que l’oiseau des colères

Excitant la démence

 

 

 

 

Entre les grilles du ciel

Les cris de Blodeuwedd

Et sur la terre, les bogues pourrissantes

 

L’échec du cri sur la berme

* * * * *

 

Si haut que soit mon blason

 

Le soc de la vague

 

 

 

 

A l’invite de l’amour ou à l’appel de la mort

Il a fallu se battre sur les mers

 

Eriger les cierges des Prières

 

 

 

 

Il a fallu se battre

Contre les glaçons à coups de glaçons

 

 

 

 

Résister à l’empoisonnement des baies

Dans le repli des roches

 

Le soir

Quand perdue dans les champs

Les grillages se referment

 

 

 

 

O oiseaux de Rhiannon

Qui endormez les vivants et réveillez les morts

Plongez vos chants au fond de mes viscères

Dénouez les nœuds de mes silences

Pénétrez mes seins, mes flancs

Prenez l’ardeur giclante de mes yeux

Enfoncez-les, verts et nouveaux, aux plus intimes

     de mes parts

Démembrez tout mon corps

Dissipez-les dans les ajoncs, les frênes et les troënes

Er chantez

 

O oiseaux noirs de Gwendollen

Cachés dans l’océan immense

Couvrez le monde des neiges de vos cris

Afin qu’ouvrant les yeux      

Il pleure

 

O corbeaux d’Orwein

Dans les champs de la brume et le noir des arrées

La terre durcit entre les doigts gelés des herbes

Le vent fait tournoyer nos corps

Cris et clameurs sortent des rocs

 

 

 

 

O oiseau de Perceval

En ce creux de la roche au milieu de la nuit

 

O oiseau de Drutwas

Les Cochons du Sud ont ravagé la terre des

     Promesses

Là où croissaient les reines-des-prés

Et les airelles parmi la mousse

 

La porte du champ s’ouvre sur un chêne noir

 

 

 

 

O Saint Ange des liesses et des bruyères en fleurs

J’ai toute l’ardeur qu’il faut dans ce champ

     de Décembre

 

Où tu me quittes

 

 

 

 

Au grand large, la lune vient coucher avec la mer

 

Au fond du silence, comme un baquet,

Remuent quelques flots

 

Au loin,

Ardent les pointes glacées du jour

 

* * * * *

.........................................

 

Les fileuses d’étoupe

Editions Folle Avoine, 35850 Romillé, 1985

De la même autrice :

« Nous ne sommes plus rien… » (07/10/2014)

Les fileuses d'étoupe (I) (18/09/2017)

Mésange (06/09/2018)

mémoire des dunes (06/09/2019)

Les fileuses d’étoupe (II) (06/09/2020)