780_0008_5482879_985d1c74f49cb8feb19ff721dbddffbe[1]

 

Crépuscule

 

 

Tu la connais cette heure du crépuscule d’été

dans la chambre close ; le reflet rose infime

en travers des planches du plafond ; le poème

inachevé sur la table – deux vers, pas plus

une promesse non tenue de voyage parfait,

d’un peu de liberté, d’indépendance, et d’une

(relative, bien sûr) immortalité.

 

Dehors dans la rue déjà, l’appel de la nuit,

les ombres légères de dieux, d’humains, de bicyclettes

quand les chantiers s’arrêtent, que les jeunes ouvriers

avec leurs outils, leurs cheveux mouillés, vigoureux

et quelques taches de chaux sur leurs habits usés

s’effacent dans l’apothéose des vapeurs du soir.

 

Huit coups décisifs à la pendule, en haut de l’escalier,

tout au long du couloir – coups sans pitié

d’un marteau impétueux, caché derrière le verre

dans l’ombre ; et en même temps le bruit éternel

de ces clefs dont jamais il n’est parvenu

à savoir si elles ouvrent ou ferment.

 

(Deux poèmes pour Cavafis)

 

Traduit du grec par Michel Volkovitch

in, « Anthologie de la poésie grecque contemporaine, 1945 – 2000 »

Editions Gallimard (Poésie), 2000

Du même auteur :

Le désespoir de Pénélope (10/11/2014)

Les vieilles femmes et la mer (10/11/2015)