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Equivalence des morts

à André BRETON

 

I

Fête des vestiges

Les chevaux galopent sur les routes

Les insensés morts

t’ont cultivé soleil tulipe noire

montés sur leurs échasses

 

Oubli oubli qui tourne en ville

Mes cerfs empennés par l’eau froide

Les chemins n’ont pas été inventés par les jambes

La remorque atteint son naufrage

 

Je te cherche ma vie

entre les doigts des murs

 

II

Aux rochers de l’oubli qu’on attache ma mort.

L’aube s’éteint

Soupirs soupirs qui furent mes privautés.

 

Arbres géants que mes doigts n’ont pu saisir

morceaux d’algues

lagunes

mes terres

La plus belle des boules de cristal m’était passée par l’esprit

quand j’en suis mort

 

Paisible et douce, filante messe

La pourriture des chenilles

 

III

L’hiver et ses nomenclatures

et « Si nous n’avions couru parmi ces bois secs »

Les cercueils portières du vent

et les cercueils reflétés des glaces

et le nickel

C’est ainsi que j’ai dormi pendant la fraîcheur

Qu’elles sont loin les profondes rivières des morts

 

Tu siffles dans les clés vides

Le cadran dévasté du lierre ouvre tes mains

Et chacun de tes pas te déteste et te mord

 

L’eau des piscines glaciales

misérable.

 

In, Revue « La révolution surréaliste, N° 6, 1erMars 1926 »

Librairie Gallimard, 1926

Du même auteur :

Epitaphe sur un monument aux morts de la guerre (28/07/2014)

Allo (28/07/2015)

Le congrès eucharistique de Chicago (08/09/2016)

Des cris étouffés (21/09/2017)

Se laver les mains (29/01/2019)

« Le feu vêtu de deuil » (28/01/2020)