paul-celan[1]

 

Eloge du lointain

 

Dans la source de tes yeux

vivent les nasses des pêcheurs de la mer délirante.

Dans la source de tes yeux

la mer tient sa parole.

 

J’y jette,

cœur qui a séjourné chez des humains,

les vêtements que je portais et l’éclat d’un serment :

 

Plus noir au fond du noir, je suis plus nu.

Je ne suis, qu’une fois renégat, fidèle.

Je suis toi, quand je suis moi.

 

Dans la source de tes yeux

je dérive et rêve de pillage.

 

Une nasse a capturé dans ses mailles une nasse :

nous nous séparons enlacés.

 

Dans la source de tes yeux

un pendu étrangle la corde.

 

Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre

in, Paul Celan : « Choix de poèmes, réunis par l’auteur »

Editions Gallimard (Poésie), 1998

Du même auteur :

Fugue de mort / Todesfuge (01/12/2014)

Strette / Engfürhrung (01/12/2015)

 Matière de Bretagne (01/12/2016)

Le Menhir (01/12/2017)

« Voix... / Stimmen... » (01/12/2018)

Psaume / Psalm (01/12/2019)

 

Lob der Ferne



Im Quell deiner Augen

leben die Garne der Fischer der Irrsee.

Im Quell deiner Augen

hält das Meer sein Versprechen.

 

Hier werf ich,

ein Herz, das geweilt unter Menschen,

die Kleider von mir und den Glanz eines Schwures :

 

Schwärzer im Schwarz, bin ich nackter.

Abtrünnig erst bin ich treu.

Ich bin du, wenn ich ich bin.

 

Im Quell deiner Augen

treib ich und träume von Raub.



Ein Garn fing ein Garn ein :

wir scheiden umschlungen.

 

Im Quell deiner Augen

erwürgt ein Gehenkter den Strang.

 

 

Mohn und Gedächtnis,

Deutsche Verlags-Anstalt, Stuttgart, 1952

Poème précédent en allemand :

Wolfdietrich Schnurre : Stance / Strophe (28/11/2020)

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