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La cuirasse

 

Quand la guerre pleuvra sur la houle et sur les plages

J’irai à sa rencontre armée de mon visage

Coiffée d’un lourd sanglot

Je m’étendrai à plat ventre

Sur l’aile d’un bombardier

Et j’attendrai

Quand le ciment brûlera sur les trottoirs

Je suivrai l’itinéraire des bombes parmi les grimaces de la foule

Je me collerai aux décombres

Comme une touffe de poils sur un nu

Mon œil escortera les contours allongés de la désolation

Des morts brasillants de soleil et de sang

Se tairont à mes côtés

Des infirmières gantées de peau

Pataugeront dans le doux liquide de la vie humaine

Et les moribonds flamberont

Comme des châteaux de paille

Les colonnades s’enliseront

Les astres bêleront

Mme les pantalons de flanelle s’engloutiront

Dans l’espace géant de la peur

Et je ricanerai dents découvertes violette d’extase dithyrambique

Hystérique généreuse

Quand la guerre pleuvra sur la houle et sur les plages

J’irai à sa rencontre armée de mon visage

Coiffée d’un lourd sanglot

 

Rapaces

Editions Seghers, 1960

De la même autrice :

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