4ae2b36b-3ff2-4662-9b84-8067e7de2a44_338[1]André Pieyre de Mandiargues peint par sa femme Bona

 

Le plaisir et les artifices

 

Plus vivement qu’aux billes

Va la main aux jeux des boutons

Des boutonnières des bretelles

Des rubans fous et des épingles

Ongles et soie dents et dentelle

Le jeu ne ralentira pas

Qu’il n’ait mis nue de la nuque en bas

La myrmidonne enamourée

Pour l’armer mieux par le lis

Et l’œillet noir de son dénuement

Que par les nœuds de l’or ou de l’acier.

 

Croit gagner qui joue l’homme

Et joue et se perdra

Mais l’autre gagne au jeu

Souvent

Qui joue la morte.

 

Bel œil lié de rets humides

Où se liera le rétiaire

S’il ne prend garde.

 

Miroir appesanti de la chaîne du temps

Jetée au cou du vainqueur illusoire

Coulée à fond d’abîme au premier battement

Au premier déclin des paupières

Niant l’image où l’égaré s’admire.

 

Vannerie de caresses feuillue

Vertes comme l’arbre

Eparpillées tout à l’entour

D’une fausse statue et de son sommeil feint

Sous le tremblant entrelac des doigts chauds

 

Le bourdon l’abeille flèches de l’été

Sujets aux tromperies des fleurs en papier mousse

Aussi bien que l’amant trop simple.

 

Et ce cops alangui s’il renaît

Le vannier se découvre en la nasse

Ourdie de ses propres baisers.

 

L’Age de craie, suivi de Hedera

Editions Gallimard, 1961

Du même auteur :

Le pays froid (16/06/2014)

Somewhere in the world (26/06/2015)

Hedera ou la persistance de l’amour pendant une rêverie (11/11/2017)

Les filles des gobes (11/11/2018)

Mélancolie (11/11/2019)