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De radeau en radeau

Et d’errance en errance

L’énorme coulée de sable

Qui vous soupçonnait

De vivre, d’exister ?

Ce chien famélique

Qui n’attendait plus rien de vous ?

L’oiseau que n’effrayait même plus

Votre apparence d’homme ?

Perdu, mes frères, perdu

Le sourire de l’enfant

Découvrant son premier coquillage

Perdues, mes frères, perdues

Les premières écailles

Sur le jonc de l’adolescente

Egarée par sa première tendresse,

Perdus, mes frères, perdus

L’ivresse des mains d’amis qui se serrent,

Le visage dans le vent,

L’attente des longues nuits

A mordre sur d’autres lèvres,

Perdus, la bouche de jasmin,

Les cheveux teints au henné,

L’ombre du khôl veillant sur le mystère des yeux,

Perdu, mes frères, perdu

Le bonheur d’ignorer la liberté quand on l’a.

 

De radeau en radeau

Et d’errance en errance,

Jusqu’à ce jour de Novembre

Surgit à l’horizon

Comme un peuple d’oiseau

Happés par une île aimantée...

 

 

La Toussaint des énigmes

Editions Présence africaine, 1963

Du même auteur :

 « Je suis comme un enfant… » (20/10/2015)

« On dit que vos porteurs d’encensoir... » (09/11/2019)