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Appel

 

Nous marchions insensibles au décor bariolé

Dans la ville inconnue livrée aux hommes d’armes

Les hautes maisons noires éclaboussées de feu

Muettes comme la peur

Dérivaient au large

La cavalerie des nuages lourdement chevauchait les crêtes

 

Cà et là des dentelles à flanc de roc étincelaient

Et la nuit porta un doigt à ses lèvres

Au matin tu serais venue te pencher sur moi

J’ai vécu comme un mort sans vivre ni mourir

Tout le sang de la terre et les larmes et les rayons

 

N’effaceront pas ce plis sur mon cœur

Je chante encore cependant

Ce qui n’a plus de traits dans ma mémoire

Les beaux bouquets de roses et les regards secrets

 

Les chevaux bondissant dans les prairies mouillées

 

La mousse sous tes pas ton genou écorché

Les rires les buissons pleins d’insectes dorés

Les silences merveilleux de la mer l’étoile

L’absence

Epaule contre épaule

 

Il n’a pas fallu que nous fussions heureux

Comme il eut été doux

D’attendre

 

Chant d’exil

Les Editeurs français réunis, 1972

Du même auteur :

Les égaux (26/10/2018)

La société sans hommes (26/10/2019)