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Eglogue : Borkum

 

D’un bout à l’autre l’île est plongée dans le noir.

Contrairement à la vie, au moins toutes les

heures, la vérité revient à la lumière. Pour y parvenir

le chemin consume tout le temps du retour.

 

Sans cesse le vent secoue toute substantielle chose.

Les traces s’effacent. Le mouvement se réduit –

ou mieux il s’élargit – en changement d’emplacement :

Ici, pour le témoin, être et ne pas être ne font qu’un.

 

Les dunes ont le cheveu clairsemé. Alors que le quartz

lustre ton amalgame, de son gîte la douleur se lève effrayée

et va rendre l’œil humide. Les dents, du froid

nourries en claquant enlaidissent le torse d’homme.

 

Parcimonie se nomme la loi du froid. Le trépied laisse

à l’œil le soin de puiser la lumière. Les amorces de mot restent

collées aux pensées. Plus lent est le temps et plus froid il fait donc.

L’éternité se fait ici espace ou bien fournaise insupportable.

 

Tout corps deviendra tôt ou tard victime du climat.

La seule chose qui encore te surgisse à l’esprit, c’est : un solarium ou

encore le changement de latitude. Mais le mal du pays est nostalgie

du froid ou le désir de porter des lunettes de soleil.

 

Là-bas ne sera jamais ici. Aucune rue, ni jupe, aucune voix

ne trouve accès à l’ouïe : la coquille pousse vers la pleine mer.

Ce qui sépare l’endroit du corps, gît dans la mémoire du langage.

 

Comprendre le patois. Comme souvenir, le mélange de l’île n’est pas

idoine. Dans la vie, les rimes sont aussi malsonnantes

que de la langue allemande la moindre divergence.

 

Traduit de l’allemand par Philipe-Henri Ledru

In, « La poésie allemande contemporaine »

Editions Seghers / Goethe-Institut Inter Nationes, Paris, 2001

 

Egloge : Borkum

 

Anfang und Ende der Insel liegen im Dunkeln.

Il Gegensatz zum Leben tritt, wenigstens alle paar

Stunden, die Wahrheit ans Licht. Bis dorthin

verbraucht der Weg die ganze Zeit der Rückkehr.

 

Unaufhörlich rüttelt dr Wind an allem Handfesten.

Spuren werden verwischt. Bewegung reduziert –

oder besser erweitert sich – zu einem Standortwechsel :

Sein und Nichtsein sind da eins für den Betrachter.

 

Die Dünen haben schütteres Haar. Während das Quarz

dein Amalgam aufpoliert, schreckt der Schmerz von

seinem Lager un näßt, das Auge. Die Zähne, von Kälte

gespeit, verunstalten klappernd den männlichen Torso

 

Gesetz der Kälte ist Sparsamkeit. Das Stativ überläßt

seinem Auge, das Licht einzuholen. Wortanfänge bleiben

am Gedanken kleben. Je langsamer die Zeit, desto kälter also.

Ewigkeit wird da zum Raum oder zur unerträglichen Hitze.

 

Jeder Körper wird früher oder später Opfer des Klimas.

Das einzige, was dir noch einfällt, ist : Ein Solarium oder der

Wechsel des Breitengrades. Aber Heimweh ist Sehnsucht

nach Kälte oder der Wunsch, eine Sonnenbrille zu tragen.

 

Dort wird nie hier sein. Keine Straße, Rock, keine Stimme

findet Eingang ins Gehör : Die Muschel treibt aufs offene Meer.

Was Ort und Körper trennt, liegt im Gedächtnis der Sprache.

 

Mundart verstehen. Als Souvenir ist die Inselmischung

ungeeignet. Im Leben sind Reime ebenso  fehl am Platz

wie in jedem Derivat des deutschen Sprachschatzes.

 

Grosses Erwachen

Carl Hauser Verlag, Munich, 1999

Poème précédent en allemand :

Nelly Sachs: « C’est l’heure planétaire des fugitifs... « / « Das ist der Flüchtlinge Planetenstunde... »