557867100f6f7[1]

 

Enfants du Cillínach (*)

 

Viens à nous avec des lis et des reines des prés,

viens à nous de cœur et non de vue,

cette palpitation d’amour toute douleur encore,

dans le cercueil de sombre terreau de ton ventre.

 

Maman, j’ai reconnu ton poids

et la longueur de tes mains douces

alors que tu t’inclinais sur ce sol rude, à l’abandon.

Je t’ai reconnue aux pâquerettes d’oubli

 

liées avec de la ficelle bleu et rouge.

J’ouvre les yeux ; tu me regardes.

Si jamais on m’autorise une voix

tu me reconnaîtras quand je parlerai :

 

si j’étais privé d’ailes dans le néant,

je te rapporterais toute une réminiscence de plumes.

La faux qui sape la vie, je m’en souviens,

et au-dessus, un chœur d’oiseaux, les pétales

 

des pâquerettes se soulevant. Ecoute-moi :

je te reconnaîtrai encore parmi les grillons

et les arbres ondoyants. Nous survivrons à la terre.

N’es-tu pas ma mère ?

 

N’est-ce pas toi que j’ai entendue dans le tumulte de l’ombre ?

Celle dont j’ai senti

que m’exhumaient les mains pour baptiser mon âme

sous un surgissement de larmes ?

 

(*) Lieu où sont inhumés les enfants morts non encore baptisés, destinés à séjourner dans les limbes, selon la

religion catholique. 

 

Traduit de l’anglais par Anne Mounic

In, Revue « Temporel, N°9, 26 Avril 2010

Revue en ligne publiée par l’Atelier GuyAnne

77144 Chalifert

 

Children of the Cillínach

Come to us with lilies and meadowsweet,

come to us by heart and not by sight,

that heaving of love which aches still,

coffined in your belly’s darkening loam.

 

Mother, I’ve known your weight

and the length of your soft hands

bent over this rugged, unworked soil.

I’ve known you by the forgetful daisies

 

strung with blue and red twine.

I open my eyes ; you are watching me.

If ever I am allowed a voice

you will know me when I speak :

 

if I was unwinged in nothingnesss I would

bring home to you a memory of wings.

The scythe which undercuts life I remember,

and above, a chorus of birds, the petals

 

of daisies lifting. Hear me ;

I will know you again among the crickets

and billowing trees. We will survive the earth.

Are you not my mother ?

 

Was it not you I heard in the thrashing dark ?

 

The one whose hands

I felt unbury me and baptise my soul

in a fountaining of tears ?

 

Poème précédent en anglais : 

Richard Brautigan : Tous surveillés par de machines d’amour et de grâce /All Watched Over by Machines of Loving Grace (27/09/2020)

Poème suivant en anglais :

Allen Ginsberg : Song (25/10/2020)