charles-dobzynski[1]

 

Se délester

 

Trop empêtré d’un corps

en mal d’apesanteur

tu te délestes peu à peu     tu te délestes

de tes os qui trahirent leur maquette

de ta face effacée

de tes arrières-idées moulues jusqu’à

l’ultime farine de l’avant

de tes pensées processionnaires

de tes étés sans souvenir

qui te coincent dans leurs étau

tu te délestes de ton âge

de ta mâchoire

qui ne sert plus qu’à mordre la poussière

tu te délestes de tes peaux de serpent

de tes peaux de serment

de tes oreilles barbelées

qui écorchent les sons

tu te délestes de tous les livres jamais lus

qui pèsent si lourds sur ta mémoire

Tu te délestes de tes tabous     de tes tags mentaux

de tant d’histoires inachevées en quête

dans tes fantasmes d’un dénouement plausible

Tu te délestes de ta rançon de déracinement

de l’hypothèque jamais levée de ton ignorance

Tu te délestes de tes jours comme si tu défaisais

lentement du gant élimé de ta vie

qui garde ses empreintes

et sème ta semblance.

 

Corps à réinventer

Editions de La Différence, 2005

Du même auteur :

Mère (12/08/2014)

Hors-saison (12/09/2015)

Je dois réponse à tout (12/09/2016)

Mais si… (12/09/2017)

Aimer Mourir (12/09/2018)

Dialogue à Jérusalem (12/09/2019)