09 août 2020

Joachim Du Bellay (1522 – 1560) : La complainte du désespéré

  La complainte du désespéré   Qui prêtera la parole      A la douleur qui m’affole ?      Qui donnera les accents      A la plainte qui me guide :      Et qui lâchera la bride      A la fureur que je sens ?       Qui baillera double force      A mon âme, qui s’efforce      De soupirer mes douleurs ?      Et qui... [Lire la suite]
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08 août 2020

Roger Gilbert-Lecomte (1907 – 1943) : Les quatre éléments

Portrait par Maurice Henry Les quatre éléments à Rolland de Renéville   Si je dis Feu mon corps est entouré de flammes Je dis Eau l’Océan vient mourir à mes pieds   Vaisseau vide immergé dans un cristal solide Creuse momie aux glaces prises et je dis Air   Terre et le naufragé prend racine et s’endort Sous les feuilles au vent de l’arbre de son corps   De sa bouche le songe engendre un rameau d’or De sa bouche terreuse expirant ses poumons Retournés vers le ciel tonnante frondaison   Moisson... [Lire la suite]
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07 août 2020

Avrom Sutzkever (1913 – 2010) / אַבֿרהם סוצקעווער : Prière à soi-même

Prière à soi-même   A moi-même ainsi qu’à un étranger je colle mon oreille, Et mes yeux débordants de visions chantantes, Je me ramifie dans tes profondeurs comme les veines dans le marbre : Par qui tous tes secrets furent-ils ensevelis ? Pour qui la musique de tes secrets non révélés ? Musique de mains et de lèvres. Sons-symboles dans les ténèbres. Musique de pluie, d’arc-en-ciel. Plus loin, plus loin, plus loin...   Tu es ruche que le feu cerne et je ne puis m’en approcher. Tu me nourris du... [Lire la suite]
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06 août 2020

Robert Desnos (1900 -1945) : « Hors du manteau, la lumière... »

  Hors du manteau, la lumière De ta chair, nymphe Calixto, En pleine étoile se libère Du clair du jour et nous éclaire Tard ou, suivant la saison, tôt. Mais qu’importe si l’on préfère, Jailli du manteau de ta chair, Ton cœur lui-même sombre et clair.   Que l’éclat sombre sur les rives Où ta chair décline un couchant Erotique au ciel où s’inscrivent Nord, Sud, Est, Ouest et leurs dérives Et les ourses qui dans ce champ Vont brouter des herbes cursives, Aurores, nuages, lueurs Et boire aux rêves les sueurs. ... [Lire la suite]
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05 août 2020

Luis Mizón (1942 -) : Fantôme / Fantasmas

  Fantômes   1 Nous avons mangé des anguilles frites des cervelles d’agneau du riz des testicules de taureau des gâteaux au gingembre et bu du vin.   Que l’on amène à table les fous incurables qui caressent un cheval fantôme. Ceux qui marchent la nuit parmi les cris et les tambours dans les couloirs des hôpitaux et les villes inconnues. Ceux qui dorment sur un dessin de fleurs en tremblant comme bêtes pures dans leur labyrinthe de sable. Ceux qui regardent le feu de loin sans oser s’approcher. Que... [Lire la suite]
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04 août 2020

Victor Hugo (1802 – 1885) : Une nuit qu’on entendait la mer sans la voir

  Une nuit qu'on entendait la mer sans la voir   Quels sont ces bruits sourds ? Ecoutez vers l'onde Cette voix profonde Qui pleure toujours Et qui toujours gronde, Quoiqu'un son plus clair Parfois l'interrompe... - Le vent de la mer Souffle dans sa trompe.   Comme il pleut ce soir ! N'est-ce pas, mon hôte ? Là-bas, à la côte, Le ciel est bien noir, La mer est bien haute ! On dirait l'hiver ; Parfois on s'y trompe... - Le vent de la mer Souffle dans sa trompe.   Oh ! marins... [Lire la suite]
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03 août 2020

Georges-Emmanuel Clancier (1914 – 2018) : Arbre mon univers

 Arbre mon univers   Arbre je crois en toi je crie à ton feuillage Je suis perdu loin du navire de tes ombres. Que ta sève aux rameaux de mes veines remonte Fleuve fidèle, épais, de neige et de nuage. Arbre, mon univers déchiqueté d'oiseaux, Tu n'es plus qu'une main dressée en mon désert Là-bas, sur l'horizon interne de l'hiver, Pauvre main qui surgit ramenée à ses os. Arbre vivant et vrai qu'enlacent les collines, Arbre peuplé de chants, de durée et d'étoiles, Image de ma chair, beau visage natal Que la nuit... [Lire la suite]
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02 août 2020

Edouard Joseph Marc Maunick (1931-) : « ouvre avec moi ce livre... »

  ouvre avec moi ce livre pesant poids de mémoire compromis entre éden et souventes blessures                * maints lendemains de fêtes changés en cicatrices aux lèvres de ma soif de vivre en moi vivant                * je pars pour des pays plus lointains que les rêves j’habite des paysages où les arbres sont des dieux ... [Lire la suite]
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01 août 2020

Olvido Garcia Valdés (1950 -) : « Sur le point de se briser... » / « A punto de quebrarse... »

  Sur le point de se briser comme les courbes qui composent l’attitude des vierges dans certaines annonciations italiennes ainsi, miroitant et fragile était le vol pour finir. Icare dans l’eau.  Un court moment, le pied chaussé d’une douce sandale bleue. Comme un oiseau mort dans les mains d’un enfant. Pendant ce temps, le paysan laboure, le pêcheur s’incline, et le berger regarde le ciel. Deux aigles planent. Des bateaux suivent la route du cristal. Pénétrante et profonde est la distance entre le rêve... [Lire la suite]
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