pir-sultan-abdal[1]

 

Ne te détourne point en me voyant

je ne cesserai de t’aimer

ne fronce pas l’arc de tes sourcils

ce n’est pas ta faute mais la mienne

 

sur ta langue et tes lèvres il y a du miel

mon désir s’est posé sur ta rose en bourgeon

tu es une sultane tu dictes les arrêts

ce procès entre nous comment pouvais-je le gagner ?

 

je n’irai pas sur les plateaux sans toi

je ne dirai pas ton secret dans les barrières

j’ai beaucoup péché je ne le nie pas

mes deux mains sont tachées de sang rouge.

 

Je me suis promené avec maints seigneurs et m’en suis lassé

j’ai ruisselé le sang pollué et je suis redevenu limpide

j’ai étreint plus d’une belle comme toi

mais ton amour est resté dans mon cœur

 

Je suis Pir Sultan Abdal et je dis

il est coutume que les amants aiment les belles

deviendrait-on criminel  pour avoir aimé ?

Alors ma tête tranchée est déjà sur ma selle.

 

Je suis venu en ce monde trompeur et je le quitte

mon âme je n’ai pu trouver d’amante plus pure que toi

je me suis blessé et j’ai baigné dans le sang rouge

je n’ai trouvé personne pour laver le sang de mes mains

 

Celui qui est beau n’a que faire de l’or

le sage saura se procurer le meilleur bagage

j’ai contemplé le jardin de mon corps

je n’ai pu trouver de grenades vierges pour l’Ami

 

Le destin m’a brisé les bras et les ailes

je me suis tenu comme le hibou dans les ruines

aujourd’hui j’ai pris le poignet de trois belles

aucune n’a voulu dire : je me sacrifierai pour toi

 

Je suis Pir Sultan Abdal, si je pouvais être les montagnes

si je pouvais être les vignes parsemées de jacinthes mauves

si je pouvais être abeille dans un monde de fleurs :

Je n’ai pu trouver miel plus doux que les mots de l’Ami.

 

 

Traduit du turc par Gérard Chaliand

in, « Poésie populaire des turcs et des kurdes »

François Maspero éditeur, 1961

Du même auteur : « Ne chante plus rossignol ... » (26/08/2019)