liliane-wouters[1]

 

Frères humains

 

« Parce que c’est lui, parce que c’est moi »

nous disait Michel à propos d’Etienne.

Pourquoi sommes-nous amis, toi et moi ?

Pourquoi le gui préfère-t-il le chêne ?

Les arbres, nombreux, verdissent au bois.

Combien, pour le gui, feraient un asile ?

Etienne et Michel, Hector et Achille,

Comment expliquer ce qui va de soi ?

Pourquoi celui-ci, j’en connais tant d’autres.

Pourquoi le seul Jean parmi douze apôtres ?

Parce que c’est lui, parce que c’est moi.

 

*

Moïse et Fatima près du Jourdain

Milan et Albina devant la Drave

Ils en ont fait serment main dans la main :

leur amour ne verra jamais d’entraves.

 

Un oiseau ne cherche pas dans les airs

sur quels vents lui arrive son oiselle.

Pourvu qu’ils puissent aller de concert

vers les mêmes lointains battre des ailes.

 

Dieu garde les oiseaux et les humains

où par deux s’en vont, égaux et libres,

pour ensemble porter sur leurs chemins

tout l’espoir de ce monde en équilibre.

 

Ils ne savent plus le soleil :

pour horizon quatre murs blêmes.

Les cachots, partout, sont pareils,

partout, les bourreaux sont les mêmes.

 

Au nom du bien, au nom du mal,

de Dieu, du diable, de personne,

de saint Marx, de saint Capital,

de tout, de rien, on emprisonne,

on frappe, on tue, on jette en tas.

Blancs ossements sous la chaux vive,

Jeanne, Mehmet et Nikita

Morts pour qu’en l’homme l’homme vive.

 

Puis on agite des drapeaux,

on se rassemble en beaux cortèges.

Frères, c’est moi, et c’est ma peau

qu’on change en herbe, en boue, en neige.

 

Dans le vent j’écoute ces voix,

de jour, de nuit, rumeur qui monte,

et des visages devant moi

soudain se lèvent pour ma honte.

 

Carmen, Ali, Rachel, Kolia.

Ô liberté, qu’on te défende.

Pour ceux qui t’aiment il y a

toujours des prisons qui attendent.

 

 

Le billet de Pascal

Editions Phi, Luxembourg, 2000